Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé de la dame du banc. Je suis à Marseille. Nous sommes trois hommes de la même famille, un père et deux fils. Il y a aussi une mère et deux filles mais ce soir elles sont loin. Nous, les hommes, pour quelques jours, sommes entre travail et vacances. Travail parce que c'est à un rythme de travail que nous embellissons un appartement. Vacances parce que travailler ainsi avec ses fils c'est aussi  un grand bonheur. Le père soigne les maisons, l'aîné des enfants soigne les hommes et les femmes et le dernier s'apprête à plonger enfin dans le monde de la mécanique dont il rêve. Il a finalement eu son premier choix d''école et son premier choix d'endroit.

Mais, à Marseille, il y aussi des gens pauvres, très pauvres, trop pauvres. Rares parmi eux sont ceux qui déclenchent à ce point le respect. La dame du banc est de celles-ci. Je crois qu'elle vit ainsi depuis plusieurs années. Elles n'a pas d'âge. Mais il y a de nombreuses façons de ne point avoir d'âge. Celle de la misère rend vieux les gens très tôt. Celle de la chirurgie rend ridicule trop vite et fabrique de vieux enfants. Celle de la sagesse fait doucement oublier l'âge. C'est cette façon d'être sans âge qu'a cette dame. Elle est sans âge parce qu'elle est belle tant elle est digne. J'ignore ce qui la conduisit sur ce banc où elle vit été comme hiver. Les nuits car le jour elle préfère les ombrages d'un parc voisin. Je ne sais rien d'elle, si ce n'est quelques mots de douceurs échangés, quelques sourires. J'aime à la saluer comme je salue les gens de mon village, ou simplement ceux qui y passent...une façon de dire "bienvenu chez nous. Tu es peut-être un futur ami." Ici, c'est elle qui me salue, levant les yeux de son tricot qu'elle fait avancer toute la journée. D'ailleurs à qui est il destiné ce tricot ?. Elle m'accueille. De temps en temps quelque ami mieux connu est assis avec elle. J'ignore par quel miracle mais la rudesse de sa vie ne l'empêche pas d'avoir une mise impeccable. Et, lorsqu'il m'arrive le soir de passer auprès d'elle je ne peux m'empêcher en secret de lui souhaiter bonne nuit et de la confier à son ange gardien comme je le fais pour mes enfants et ceux que j'aime. L'hiver, loin de cette ville, lorsque le temps est rude, il m'arrive très souvent de penser à elle. Avec inquiétude mais aussi avec ce respect qu'on a pour les gens qui semblent assumer complètement leurs destins.

Pourquoi vous dire ça aujourd'hui. Peut-être parce que justement je ne l'ai pas croisée. Peut-être parce que le monde des blogs se réveille. Certains, et non des moindres, renoncent à cette aventure et nous manquent déjà. Pour d'autres c'est la maladie qui les écarte. Enfin les derniers qui, encore en vacances, n'arrivent pas à reprendre le chemin de leurs soucis et de leurs plaisirs habituels, semblent retarder à plaisir le moment de leur retour.

D'autres et c'est mon cas, ne veulent pas sombrer trop dans cette torpeur d'été qui nous menace et continuer d'essayer d'apporter une petite pierre à un édifice tellement plus grand qu'eux et si plein de mystère.

Je vous souhaite une très bonne nuit...et une très bonn rentrée.