La reprise avait été un peu lente. Un rythme à reprendre. Des muscles un peu engourdis à rechauffer et à réhabituer à la tâche. Des horaires encore un peu affolés d'avoir ainsi pris des décalages. Mais tout semblait reprendre son ordre naturel.

Un coup de fil. Une banquière inquiète. Comment expliquer que les congès n'existent pas et que si le travail est bon quoique parfois pénible, repos signifie aussi zéro. que ce n'est pas grave, qu'on est revenus bien plus riches de ce voyage lointain, de ces heures ensemble, de ces rires et de ces complicités. Que le travail recommence et que l'argent revient. Très vite une prière, un appel à la manne, à ce pain quotidien...et l'oubli des ces vains soucis.

L'homme repart. Il revoit le Ventoux enneigé. S'emerveille comme chaque jour. Il aimerait un signe. Un présage. Demain il refera du bois et la machine humaine se remettra en route et l'âtre sera chaud et les soirées douces et encore plus douces les matins, le feu que l'on ranime et les phrases qui s'animeront sur un blog endormi.

A ses pieds,  une petite pièce. Une petite pièce dorée. Pas un des ces beaux Louis d'or que l'on porte au cou. Non, une petite pièce. Quelques centimes, pense l'homme : l'amorçe d'une fortune. Non bien plus que ça : 10 kopecks. Une petite pièce russe arrivée là par quel hasard pour lui dire que demain l'argent viendra de loin. Qu'il est venu là par on ne sait quel hasard. Qu'un homme venu du froid aura quitté son grand pays et rejoint la Provence et fait ce chemin insensé pour poser là ces 10 kopecks.

L'homme n'en avait jamais vu. Ce pays il ne le connait que par les auteurs. Un grand pays tout blanc, tout doux qui aura beaucoup souffert des hommes. Il rêve d'y aller de voir cette capitale de folie, ces dômes dorés. Il rêve de chevauchées, dans la neige, de cosaques, de blanc et de blanc. Il a connu un homme très vieux venu de cet endroit un ojur lointain, quand les hommes sont devenus fous, quand il a fallu partir. Un souvenir d'enfance. Des histoires merveilleuses de richesses perdues, de princes devenus chauffeurs de taxi, et de comtesses devenus soubrettes. Et son esprit s'emballe et le rêve s'installe. Il confond la neige du Ventoux et les steppes et voit mêmedes images de femmes marchant dans la neige.

10 kopecks. Il ne sait pas ce que ça représente. Il espère que ce n'est rien que l'homme qui l'a perdu n'en manquera point. 10 kopecks c'est son cadeau de rêve d'aujourd'hui.

Vite rappeler la banquière. Lui dire qu'on est redevenu riche, que les soucis sont terminés et que cette pièce est vraiment de bon augure. Le feu semble faiblir dans la cheminée. Vite le rétablir.

Le réveil. Est-ce vraiment une bonne idée que de rappeler la banque ?

Et on voudrait qu'on soit triste, qu'on se lamente à cause de la crise. Pas question. Pas aujourd'hui.

L'année 2012 s'annonce vraiment sous de bons auspices.

 

PS : Et vous qui m'avez envoyé tous ces gentils mots, pleins de douceurs et même de tendresse, si vous saviez comme il est doux le moment où je les lis. Je les savoure avec délice. Plutôt avec délices tant les signatures sont féminines et que ce mot mérite donc le pluriel. Et si je ne vous remercie pas tou(te)s un(e) par un(e) c'est que je suis bien trop maladroit au singulier.