Le froid perçant me rend paresseux. Un grand froid mais pas de neige. Quelques flocons mardi matin avaient justifié un repli immédiat du travail. Il faut dire qu'il tombait un de ces jours où le moindre prétexte peut arrêter un travail en cours qu'on trouve trop fatigant. Rien ne semble vouloir bouger: ni les bras, ni l'esprit. Pourtant le ciel est dégagé. Le solei brille assez fort mais le froid a fait taire les oiseaux et même la petite souris reste muette. Et puis il y ces bruits des hommes, ces agitations, ces verbiages, ces gens qui se poussent du coude et qui se vantent...bref une période d'avant éléction. Et puis il fait froid dans cette grande maison, trop froid ! Les échelles sont trop hautes, les plâtres trop humides.

Bien sûr, il y a le soir, le feu qu'on allume dans la cheminée et qui très vite nous réchauffe. D'abord très fort : les premières grandes flammes dont on se rapproche, puis peu à peu une douce chaleur qui s'installe, les braises qui rougeoient. Un spectacle sans cesse changeant qui nous fascine et dont on a du mal à détacher les yeux. Et puis il y a les livres qui nous transportent. L'un d'entre eux me fait découvrir la mer, les grands trois-mâts et donne au froid et à l'humidité d'autres couleurs, d'autres odeurs. Un autre me fait plutôt m'échapper par le haut en réveillant l'esprit, l'intelligence au contact de l'intelligence des autres. Quelle belle chose que l'intelligence des autres qui nous fait comprendre ce qui est trop haut pour nous.

Et puis il a le confort du canapé un peu trop profond pour longtemps échapper au sommeil. Et pus il y a ce plaid, cette chaleur que l'on garde autour de soi. Et puis il y le chien et le chat, aux premières loges à nos pieds qui savent qu'ls resteront au chaud tant que nous serons là avant de retrouver leur propre place, plus froide. Et puis il y a la petite lumière qui indique que l'ordinateur n'est pas éteint mais seulement "en veille" et que dès qu'on le désire on ira se réchauffer à la lecture d'autres pages et réajuster ses doigts au clavier.

Et puis il y ces mots qui s'organisent en attendant que l'idée les appelle...mais l'idée ne vient pas en ce moment de froid.

Et puis il y a ces ombres qui s'agitent, ombres de vivants ou ombres venues d'ailleurs, d'au-delà de la mort ou d'au-delà de l'imagination. Elles animent le passé et font rêver au futur. Ces heures du soir échappent au présent. On se réchauffe avec hier pour se préparer à demain. On imagine, on organise, on sait que rien de concret ne sortira. Enfin, on n'est plus dans le réel ! On retrouve un monde sans autres limites que celles que nous imposent nos envies, nos choix. La nuit va suivre. Les corps fatigués referont leurs forces. Les esprits s'animeront encore mais sans contrôle parfois douloureusement. Parfois ce sont eux qui diront le réveil. Reposé...ou non. Et puis ce sera demain...et puis c'est déjà demain puisque le sommeil ne me permet que ce matin de terminer ce mot entrepris hier.

Et puis vite se préparer. Et puis partir. Et retrouver le froid...mais le soleil aussi et le coeur réchauffé par les mots.

En route. Je vous souhaite une très bonne journée.