Ils ne savent pas pourquoi. Ils devinent. Ils se sentent attirés par une force étrange. Dans quelque endroit qu'ils se trouvent, il y a ce matin comme une  odeur étrange, exquise et mystérieuse à la fois. Et ils se mettent en route. Vous allez me dire qu'il n'y a là rien de bien original : les pauvres, les petits, les humbles, ceux qui n'ont pas un toit très confortable, ils savent qu'ils n'ont pas vraiment une place ou poser leur tête, alors ils errent

Ils divaguent. Ils vagabondent sur les chemins, sans cesse, dans le village, dans la campagne qui l'entoure. Ils vont sans répit mais plutôt lentement. Souvent, ils s'arrêtent, ils se reposent, ils sont prêts à parler dés que l'on paraît s'intéresser à leur présence.  le plus souvent, ils observent, ils guettent le petit "bien", le petit " mieux" qui va rendre leur journée plus douce. Ils n'ont pas d'emplois, ou des emplois très obscurs, de ceux qu'on ne voit pas : ils ramassent du bois mort.   Ils aident à préparer les étals du marché. Ils font la feuillette des champignons, des simples, des plantes sauvages, des fruits oubliés . Ils vivent de ce surplus que la nature donne à ceux qui savent voir. 
Ce matin, c'est cette ferme au loin qui les attire : allez savoir pourquoi ! Ce matin est un jour de travail ordinaire pour les autres, les "sans problèmes", les nantis. Ils se lèvent. Ils partent à leur travail. Ils accompagnent leurs enfants à l'école. Pour eux la vie se passe comme à l'ordinaire. Ils n'ont pas encore senti. Leur instinct est plus fragile. Leur oreille moins attentive aux bruits. Leur regard moins  affûté : il y a tant de bruit et d'agitation autour d'eux.
Alors on les voit s'avancer, ceux qui seront ce soir les santons. Ils avancent en cortège bien qu' ils l'ignorent encore. Seuls les anges ,du haut du ciel, voient bien qu'ils convergent sans le savoir dans la même direction. Et peut être mon ami qui parcourt le ciel dans on char porté par la vapeur et tiré par des oies!
Qui j'aperçois ? 
Roger, qui s'est levé de son lit d'hôpital. Roger, tout cassé, tout penché vers l'avant. Roger qui ,à chaque pas, se redresse. La force obscure qui le courbait vers le sol semble maintenant l'attirer vers le haut. Ils est humble, Roger, ils vient de l'humus, de la terre et ,là, c'est elle qui lui donne la force de se relever. 
Puis vous voyez  Marius, qui parle du temps a chaque passant qu'il croise. 
Derrière lui la dame du banc de Marseille. Et puis je vois Margot, accrochée à son vieux vélo qui lui sert de canne. Et puis les habitants secrets  du camping-car ,qui s'égaillent  au petit matin. Je vois ma vieille chienne qui s'agite au coin du feu et qui, chose rare, a envie de sortir. Je vois la vieille femme qui chante ,mystérieuse, dans les bois.
Je vois aussi monsieur s... Qui mystérieusement reconstruit sa maison après la catastrophe.
Je ne peux pas. Je ne veux pas les nommer tous de peur que les oubliés ne se croient tout à coup moins aimés.
Ils marchent lentement. Ils n'arriveront certainement pas avant ce soir. Et que verront-ils ? Ce que je vois pour l'instant : une humble étable préparée. Un endroit protégé, de la paille fraîche, les animaux de la ferme aussi attentifs qu'eux a ce mystère qui les attire. Dans un coin, une mangeoire semble prête à accueillir un enfant. Mais qui sait aujourd'hui si ce sera ce soir ou s'il faudra encore attendre un jour ou deux. On ne sait jamais quand l'enfant vient. Il est longtemps espoir et c'est par surprise qu'il devient bonheur. 
Ils verront la Femme dans l'attente. Ils verront l'homme affairé, attentif au moindre signe avant coureur.  Ils verront le bœuf et l'âne qui eux aussi ignorent encore leur mission et ce qui sera leur gloire.
Ils avancent. Ils avanceront tout le jour. Ils marcheront encore quand viendra le soir. Ils croiseront d'autres oubliés : les bergers qui passent l'été dans les montagnes et qui en ces jours demeurent pas trop loin du village.
Ils n'es savent pas qu'au cours de la journée, d'autres, peu à peu, ressentirons ce même phénomène, à la mesure de leur petitesse. Les derniers seront ceux qui se croient grands, ceux qui ignorent qu'ils sont à la fois bien peu de chose et l'objet unique d'une douce sollicitude. Les plus heureux comprendront demain ce qui s'est passé les autres le comprendront bien plus tard.
Et je vous vois vous mes sources de bonheurs : d'abord les miens, ma cellule, le mystère de cette famille donnée : Elle et Eux. Je vois aussi ceux qui m'ont donné la vie. Puis ceux qui ont donné la vie à ceux qui avec moi la partagent. 
Je vois ceux qui me nourrissent de leur amitié, du travail qu'ils me donnent. Je vois aussi ceux qui, comme vous, sont mes lecteurs et mes amis. Amis mystérieux d'un monde qui se construit de mots, sans matière,  avec patience.
Si vous avez un peu de temps pendant cette période de douces fêtes mais aussi de repos, je vous invite, à aller retrouver mes santons de la crèche que j'ai préparé  pour vous et avec vous au cours du temps.
Si vous êtes seul (et que vous vous pensez peut être malheureux), sachez qu'il y a dans cet endroit que vous lisez chaque jour une pensée qui s'envole vers vous. Quand vous ouvrez la page, parfois longtemps après qu'elle soit écrite. Quand vos lisez ces mots qui m'ont été donnés, sachez qu'ils m'ont été donnés pour que vous les lisiez, pour que je les partage avec vous. Car comme ces santons que chaque jour j'observe et qui me donnent beaucoup plus que je ne rends en les décrivant, c'est vous qui ,par votre lecture, faites vivres les mots et cet endroit que je veux partager aujourd'hui ,encore plus que d'habitude, avec vous.
Alors, amis lecteurs, dans cette journée qui ne semble faite que pour nous préparer à Cette Nuit, je vous embrasse et je veux demain avec vous chanter Noël.
À demain.....