Cher petit "pointillé",

C'est pour toi en premier que j'écris cette année. Tu es doublement au chaud. D'abord parce que dans le pays de rêves  où tu vis le thermomètre ne descend jamais bien bas. Ensuite parce que tu demeures bien au chaud dans le doux ventre de ta maman.
Pourquoi je te traite de pointillé ? Parce que j'ai découvert cette expression quand j'ai connu ton arrière  grand père. Quand il parlait d'avant sa naissance, il disait : "quand j'étais en pointillé dans les intentions divines." Et j'ai trouvé l'expression tellement douce que je m'en suis emparé. On est tous un peu voleurs quand on aime les mots. 
Je reprends. Je ne sais pas comment tu seras. Grand ? Petit ? Espiègle ou sage ? Manuel ou plutôt intello ? Ou peut-être un peu de tout ça. Ce que je sais ,petit pointillé, c'est que je t'aime déjà. Seras-tu garçon ? Seras tu fille ? Je sais que tu seras pendant quelques mois, pendant quelques années un merveilleux petit être à embrasser, à initier à la vie et à ses mystères, à recueillir des secrets. Peut-être un peu plus tard, tu viendras auprès de moi m'aider au jardin ou à l'atelier. Je t'apprendrai ces outils magiques qu'on appelle les mains. Tu seras plus habile que ton grand père qui a du peiner pour apprendre tout ce qu'il te donneras. 
Je t'apprendrai peut être a lire. Je crois que les livres existeront encore longtemps. D'ailleurs je crois que ton monde ne sera pas trop différent du mien. Je crois qu'il y aura des hommes qui se demanderont comment, qui se demanderont pourquoi, qui croiront que tout est en leur pouvoir et que la première tempête ramènera à la raison. Je crois qu'il y aura encore longtemps des petits couples qui se formeront et qui donneront d'autres pointilles qui à leur tour...car c'est ça et juste ça l'histoire : des gens qui s'aiment et qui s'unissent et qui le  refont et le  referont encore des années à venir pendant encore longtemps. Régulièrement des prophètes de malheur viendront parler d'un monde qui s'éteint. Mais tu sauras que c'est mensonge et quand on te demanderas d'où tu tiens cette vérité, tu diras : " Je le sais. C'est mon grand père qui le disait, et mon grand père m'aimait et ne me mentait jamais." Alors on te dira : " Tu parles de ce grand-père qui te racontais des histoires de fées, de lutins, de princesses et mille autres fariboles ou billevesées. Et ça, tu y crois aussi ?" Alors tu les regarderas du regard tendre que tu auras (car tu auras un regard tendre) et tu les laisseras à leurs mystères. Car toi tu sauras comme moi que tout cela est vérité et que si le monde est différent, c'est sûrement que le monde se trompe.
Tu vois, petit pointillé, en cette année qui commence je pourrais te parler des heures mais j'attends avec impatience ta venue parmi nous et je veux garder deux ou trois choses à te dire, alors maintenant je vais me taire. 
Mais avant de te quitter, sache que cette nuit, j'ai envoyé par les airs, par le truchement d'un ami que je te ferais connaître et qui voyage dans un char porté par les airs et tiré  par des oies sauvages, des milliers de pensées et de baisers à partager avec tes parents et avec les deux petites princesses que tu découvriras en naissant.
Petit pointillé je t'aime déjà ,
Ton grand père