Mon cher Jacques "qui grogne",

 

C'est vrai ! lorsque j'ai vu ta tête ce matin au sortir du lit, tu ne donnais pas l'impression de déborder d'enthousiasme. Certes comme chacun matin tu t'étais levé d'un seul coup sans te poser de question, mais avoue que tu maudissais cette habitude de se lever à l'heure où les autres dorment. Tu te disais :" Pourtant je me suis couché tard. Je n'ai pas fait de sieste et ma journée a été plutôt fatigante à étaler des plâtres sur des murs. C'est trop peu de temps. Et maintenant que vais-je faire ? lire un peu. Aller voir mon courrier. Me promener sur quelques blogs amis. Ecrire, peut-être."

Tout ce que tu dis est vrai. Tu pourrais ajouter aussi ce jeu stupide des hommes avec l'heure qui fait que l'heure d'hiver arrive quand on a à peine eu le temps de s'habituer à l'heure d'été. Tu pourrais maudire également cette fin de parcours professionnel qui ne s'est pas passé exactement comme tu l'aurais souhaité. Et si tu ajoutais la maison qui s'est vidée de vos enfants; et l'hiver qui s'avance; avoir envie à la fois des premières flambées pour lutter contre ces premières froidures et ne pas vouloir entrer trop vite dans ces moments d'hibernation. Tout ce que tu peux rajouter dans ce sens est vrai. Je suis d'accord avec toi.

Mais avoue que faire ce triste inventaire, et je ne parle pas de tout ce qui te fâche dans le monde qui t'entoure, ne te sera pas d'une grande aide.

Alors, reprenons au début. Tu te lèves. Tu te dis qu'il est tôt. Que c'est vraiment une chance d'avoir si peu besoin de sommeil. Aujourd'hui tu resteras dans ton village entre ta mairie et ta maison. Tu vas certainement rencontrer plein de gens intéressants.

Tu iras ce matin faire une tournée dans les écoles vides pour vérifier quelques petites choses. Tu regarderas avec émotion ces petites tables et ces porte-manteaux trop bas marqués d'un nom ou d"un petit dessin. Ensuite tu partiras voir un nouvel ensemble de maisons qui vont se remplir dans quelques semaines de familles trop heureuses de se trouver dans un nouvel environnement, dans un bâtiment tout neuf et qui doivent déjà y rêver à cette heure où ils dorment encore.

Ce sera l'heure du repas. Tu retrouveras des gens qui jour prés jour deviennent un peu plus tes amis et tu partageras avec eux l'envie et le sentiment  de te mettre au service de ceux qui t'entourent. Vous partagerez ensemble des idées qui deviendront des projets et qui un jour sortiront de terre. Tu retrouveras des réflexes, des méthodes, des envies, des sensations professionnelles qui vont avec un monde qui se construit. Tu sais bien que c'est peu de choses mais tu en es content.

Mais tu n'es pas encore parti. Tu te lèves donc. Tu ouvres les volets. Tu regardes le ciel. Tu jettes un coup d'oeil au jardin encore dans l'ombre. Tu te dis que cet été a été bien curieux. On est à la fin du mois d'octobre et il te faudra tondre l'herbe une dernière fois. Maintenant la lumière penétre la maison au fur et à mesure que les phrases se succèdent sur l'écran.

Tu montes. Tu fais un tour de la maison endormie. Tu la caresses des yeux. Tu penses à ces travaux qu'il faudrait faire, qu'il "faudra "faire, pour accueillir au mieux ceux de tes enfants qui pourront venir à Noël.Il n'en manquera qu'un, à l'autre bout du monde mais vous ferez en sorte d'aller le voir quelques jours plus tard. Tous les autres seront là. Tu penses déjà à la maison qui se remplit. Oublie qu'ensuite elle se videra.

Tu es encore assis à écrire quand c'est à son tour de se lever. Un sourire timide. Elle, c'est le soir qu'elle préfère et elle maudit l'heure d'hiver quand tu te plains de l'heure d'été. Elle se prépare pendant le temps où tu écris et, au moment où elle prend son petit déjeuner, vous trouvez le temps d'échanger les quelques mots dont vous avez besoin pour vous retrouver. C'est vraiment bien, penses-tu, que l'ordinateur soit là, au coeur de la maison, et qu'il ne nous prive pas de ces quelques échanges. Et puis elle part. Elle jette un coup d'oeil discret par dessus ton épaule sans vraiment regarder ce que tu écris comme pour te faire savoir qu'elle est heureuse de ton petit bonheur du matin.

L'automne a été plein de rebondissements, d'allers retours, de choses diverses qui font que vous n'avez pas encore vraiment fait votre rentrée. Tu penses à ces amis qui te manque. Tu évoques ce mariage un peu en demie teinte le week end dernier. Un peu tendu quand même. Pas vraiment ce que tu aurais souhaité. Un retour dans une partie de la famille qui se croyait fâchée. Tu aurais aimé plus de chaleur, plus de complicité. Que veux-tu ? Il faudra maintenant se réapprivoiser...ou pas. L'avenir seul le dira et on ne peut pas vivre sur des mauvaises impressions. Tu as été vraiment heureux de ce petit voyage à quatre, de ce passage dans cette belle ville qui te rapproche de tes racines.

Mais on n'a pas le temps. Tu raconteras ça plus tard.

Voilà mon cher Jacques. J'espère qu'au fur et à mesure des lignes tu t'es comme moi senti plus léger de ces soucis posés et plus affermis par le poids des bonheurs qui équilibre et fait avancer.

Maintenant, il faut qu'on se quitte. Toi pour ta journée...et moi pour ma rêverie.

Ton alter ego,

 

Jacques "qui rit"