Cher Monsieur Zemmour,

Comment vous dire ? Votre livre m'attirait et me repoussait tout à la fois. Il y avait ceux, nombreux, qui l'éreintaient dans de nombreuses émissions ou articles. Il y en avait quelques uns, beaucoup plus rares qui l'encensaient sans retenue. Vous me sembliez tellement appartenir à ce monde des "intellectuels parisiens" de "ceux qui parlent à la télé" qui croient qu'ils font notre pays quand ils en sont si loin. Et cet étrange mystère d'un nombre d'exemplaires vendus qui croissait à vitesse folle.

J'ai d'abord cru au piège : il est d'usage, de temps en temps, de faire sortir du rang un livre qui met en avant  des idées audacieuses ,inattendues et dérangeantes pour fabriquer  à peu de frais de faux débats où les opinions dominantes sortiront triomphantes et conforteront leurs positions.

Je l'ai lu sans efforts, juste en prenant le temps de le comprendre, d'aller chercher la bonne référence, de me remémorer tel ou tel moment que j'avais vécu mais de trop loin pour une sage analyse. Je ne parvenais pas à m'en détacher.

Je suis de ces gens de la rue, qui vivent, qui peinent, qui construisent leurs vies bien loin de ces cénacles parisiens dans lesquels vous vivez. Souvent, j'ignore jusqu'aux noms de ceux que vous définissez comme les maîtres de la pensée actuelle. Je connais un peu mieux, mais de si loin qu'ils ne peuvent le savoir, les hommes politiques qui régissent notre monde et nos lois. Le peu de ce que je connais d'eux ne me donne guère envie de les fréquenter davantage mais je les vis comme un mal.... peut-être nécessaire.

Alors il est bon parfois de trouver à sa portée  un tel ouvrage qui, avec patience, honnêteté et méthode, fait le diagnostic du mal qui ronge notre pays : le désespoir.

Heureusement loin de l'agitation du monde médiatique je suis aussi le fruit d'un héritage que m'ont transmis ceux qui me précédaient. Un héritage d'hommes lucides qui ont fait bien avant vous ces analyses mais qui n'ont pu ou su les faire connaître qu'à un petit nombre. Ils ont transmis le diagnostic et peut-être une partie du remède. Je pense à mes parents qui m'ont transmis un trésor de pensées, de paroles et d'actes en me disant que je serai bien ingrat si je ne le faisait pas fructifier pour le transmettre à mon tour. Je pense à ces quelques sages, dans le secret de leurs cabinets ou de quelques cénacles restreints qui veillent au delà des temps à maintenir au chaud la flamme de la vérité. A l'heure où le maître mot était "révolution" de pensées, de moeurs, de société, de religion ils se sont attachés à maintenir au mieux nos esprits en vérité.

Ils nous ont permis, entre autres choses, de vivre heureux et joyeux dans ce monde où tout semblait nous contredire.

Votre diagnostic est très proche du leur et pourtant je sais que vos routes pour y arriver, eux et vous, sont bien différentes. C'est ce qui me fait croire à quelque chose de plus grand qui m'échappe et qui me fascine.

Je fais partie de ces petits gens "de la manif pour tous" qui ont marché, nombreux,  vêtus de vêtements colorés, riant, chantant, en faisant beaucoup de bruit, sans haine ni violence, pour lutter contre une loi de trop qui sapait les fondements même de notre société. Nous avons découvert ces jours là que nous étions si nombreux que c'était peut-être enfin l'heure de ressortir du fond de nos chaumières ces idées qui sont celles qui, d'âge en âge, dans le geste répété du quotidien ont fait notre pays qu'on s'attache aujourd'hui à défaire.

Ce livre je le ferai lire à ceux que j'aime. Ils croissent en nombre, en sagesse et en joies. Ils ont aussi notre espoir et une partie du remède. Je vous en remercie. Lorsque je suis arrivé la dernière page, celle des remerciements, j'ai découvert que ce livre vous l'aviez aussi écrit pour moi.

Je vous en remercie.

 

Le "petit homme en rose"