Officiellement, elle ne sait pas encore écrire. Pourtant ces mots sont tracés d'une main déjà habile. Ils illustrent de jolis dessins. La petite fille s'isole dans le calme de son monde de poupées. La sienne a pris vie. Elle s'appelle Madeleine comme un petit bébé rencontré cet été qui l'a séduit par ses doux babillages et qui l'a fait se sentir "grande". Et "Madeleine" est devenu le nom de sa poupée. Et Madeleine aujourd'hui a pris vie. Madeleine se léve. Madeleine prend l'avion. Madeleine va à l'école. Madeleine va à la messe.

Madeleine vit... sur un petit livre assemblé par une maman qui aime et qui sait combien les petits enfants ont besoin qu'on soit attentifs à leurs créations.

Je t'imagine petite fille, appliquée à illustrer chaque dessin que tu as tracé. Ta poupée a pris vie comme prennent parfois vie quelques personnages qui sortent de la tête d'un homme appliqué lui aussi sur son clavier. Madeleine, comme toi, dans peu de jours, va prendre l'avion et venir rejoindre son pays. Ce pays souffre beaucoup d'une sorte de misère morale qui l'atteint au plus profond de son âme mais rassure-toi petite fille, ni toi, ni elle ne le verront .

Vous verrez seulement, et c'est la grâce de l'enfance, les guirlandes d'argent qui entourent le clocher de notre belle Eglise et d'autres qui dessinent dans la nuit les grandes lignes de mon village. Tu verras le sapin où une grand mère aura avec tendresse laissé un peu de place pour que vous puissiez, chacun à votre tour, accrocher quelques décorations. Tu verras la crèche qu'elle a dressé avec soin. Je ne te la décris pas car il faut qu'elle soit une surprise. Sache qu'elle est, une fois de plus très belle, et que le petit mouton qui te représente( comme chaque membre de  la famille) est bien présent et avancera vers Noël, comme toi, un peu chaque jour.

Une dernière prière rapide avant de te coucher pour ne pas oublier ce petit cousin malade, Erwan, qui semble reprendre des forces mais qui reste si fortement présent dans ton petit coeur et dans tes prières. 

Tu verras, après minuit, au retour de la messe, que l'Enfant Jésus est là. Tu seras bien ensommeillée. Tu seras rentrée dans les bras de ton père , ou de ton oncle...ou peut-être de moi. Tu auras envie de rester un peu mais tu ne resteras pas et tu te demanderas pourquoi les adultes tardent tant à aller se coucher quand le lendemain sera si doux et plein de promesses.

Tu auras posé près de la cheminée qui fume encore tes petits... "souliers" (c'est drôle : tu dis "souliers" comme ton grand père quand il joue au vieux monsieur pour te faire sourire et agacer un peu ses propres enfants). Ils seront rejoint par d'autres plus grands qui se rempliront de belles choses et c'est vrai qu'au matin que tu attendais avec impatience tu auras un peu oublié se petit Jésus dans la paille de la crêche.

Il ne t'en voudras pas. Serait-il jaloux ce petit enfant merveilleux ? Bien sûr que non ! Il ne voit que ton bonheur. Il sait sa présence en toi au plus profond de son coeur et se moque bien de tout le reste.

Et tu rechercheras, pour toi et pour les autres, ces noms que tu sais déjà distinguer sur les papiers multicolores. Ton grand père regardera tout cela d'un oeil attendri (comme tous les "grands" qui seront là).

Puis les jours passeront jonchés de ces petits bonheurs du quotidien. Et tu repartiras vers des pays lointain. Toi, ta petite soeur et ton frère plus petit encore laisserez votre trace. Elle viendra s'ajouter dans la maison qui s'endormira un peu encore pour terminer l'hiver aux autres traces de tous ceux qui sont passé et qui y ont été heureux.

Le petit chat redescendra prendre possession des lieux après l'exil forcé vers les espaces protégés de la maison qu'il gagne à votre approche car il se méfie un peu de vos jeux avec lui, surtout de ton petit frère et de ses expériences encore trop hasardeuses .

Le petit chien qui était là à Noël dernier ne sera plus là cette année. Mais toi et moi savons bien qu'il est en un endroit confortable que nous avons fabriqué pour lui toi et moi dans nos coeurs.

Tu vois, ma délicieuse petite fille comme les quelques pages de ce livre, juste photographiés par ta maman et envoyèes sur le petit écran d'un téléphone peuvent faire délirer ton grand père qui s'est levé tôt  dans la nuit, qui tremblait un peu de froid, qui s'inquiétait aussi de mille choses, d'attentes, d'agacements, de ces moments étranges des changements d'état, de temps.

"Il te faut te bouger, maintenant !" se dit-il à lui même, en pensant que ce serait bien le moment qu'il prenne à son tour la part des choses qu'il reste à faire pour préparer toutes ces arrivées. Rassure-toi, il va le faire.

Alors il me reste, à t'embrasser très fort, en imaginant ta présence. Et comment ne pas associer à cette embrassade d'Avent tous ceux qui, lointrains ou proches, petits ou grands, vivent dans nos coeurs et dans nos mémoires...Oui, même toi, lecteur souvent inconnu mais fidèle.

Bon dimanche.