Est-ce le disque de Jean-Pax Méfret que j'écoute devant le feu pendant que dehors le mistral souffle très fort et qu'à côté de moi tu tricotes un plaid pour un hiver futur ? Est-ce ces chansons pleines de nostalgies qui réveillent dans le passé les pages glorieuses mais les pages tristes aussi ? 

Mais votre image , cher ami, s'impose à moi. Mon enfance. Vous, un ami de Papa, de ces amis qui survivent à tout. Un ami de guerre, de résistance. Un homme d'honneur. Un héros de cette guerre étrange qui divisa les français. Il y a eu cette guerre et la victoire, et les honneurs.
Vous les avez refusés, tout occupé à ne pas renoncer à un autre combat, une guerre de l'ombre à laquelle vous ne vouliez pas renoncer. Puis il y a eu la guerre d'Algérie et cet honneur que vous n'avez pas voulu brader et qui vous a coûté plusieurs années de prison. 
Vous êtes resté seul. On vous voyait venir parfois à la maison. Votre présence était annoncée par un coup de fil mystérieux qui nous faisait sourire. Et puis vous veniez avec ce bon regard de moine-soldat et cette politesse un peu désuète parfois. Vous étiez un des seuls êtres que j'entendis mon père tutoyer lui qui vouvoyait tout le monde. Vous m'impressionnez. Vous avez fait tous les combats de cette ombre qui vous collait au corps et au cœur. Tous ces combats perdus.
Vous aviez ce geste des vieux moines qui rassemblent en petit tas  les miettes de leur pain au moment de desservir la table. Vous ne racontiez jamais rien de votre vie. Mais à votre départ  Papa partageait avec nous quelques uns de vos souvenirs communs.
Un jour, nous étions de jeunes hommes, vous nous avez demandé à mon frère et à mon de vous accompagner dans un étrange voyage avec d'autres de vos amis. Je raconterai peut être un jour ce voyage où j'ai rencontré les êtres les plus étranges qu'il m'ait été donné de rencontrer. Je préparais Saint-Cyr et vous aimiez tant votre ancien "métier" des armes, malgré beaucoup d'ingratitudes de votre patrie.
Et puis un jour vous êtes mort. Vous n'aviez pas de descendant. Vous étiez seuls. Il n'y a peut être personne aujourd'hui sur votre terre pour penser à vous et prier pour vous.
Alors en écoutant tous ces chants qui parlent de ces pages de l'histoire que vous avez connues, parfois écrites, j'ai envie d'avoir une pensée pour vous, une priére aussi. 
Pour vous, pour Papa, pour tous les hommes d'honneur.