"Vas y doucement ! Progressivement. N'inflige pas un traitement trop dur à ton genoux réparé." C'est ainsi que mon ami, chirurgien habile, avait conclu notre dernier entretien. Tout allait bien mais l'usure du temps, quelques kilos inutiles et un trop long temps de mauvaise utilisation de mes jambes me privaient au moins pour un temps de la capacité de me  (re)mettre à courir. Quelques essais, à son insu, me prouvèrent qu'il avait raison et c'est la raison pour laquelle je décidais d'aller marcher. Une longue marche, rapide et fatigante dans ces paysages que j'aimais. J'avais décidé de faire chaque jour le même parcours et de mesurer mon temps et mes progrès. Je partais à chaque fois à la même heure dans un paysage de rêve et pris vite goût à cet exercice. 

Très vite lorsqu'on marche l'imagination se met en route et l'esprit avance encore plus vite que les jambes. Les idées, les rêves, les projets se côtoient. On aimerait pouvoir écrire tout ce qui passe dans la tête mais, hélas, l'exercice à peine terminé, on retombe dans une vraie sécheresse.
Il y a bien cet homme, à bicyclette, tout de noir vêtu, le visage cireux et bouffi, les yeux clairs bien qu'à peine ouverts. Je ne le croise jamais dans le village où je marche pourtant beaucoup. Je le découvre quelque soit l'heure toujours au même endroit, dans la même position un peu figée, sur son grand vélo noir. Il avance lentement. Il me lance juste un regard rapide et ne répond pas à mon salut. Il donne l'impression de me regarder sans me voir avec une sorte d'indifférence même pas calculée. 
C'est curieux. Qui est cet homme ? Où vit-il ? Quel est son histoire ? Pourquoi cette indifférence ? Est-il malade ? Qui sait ? 
Je n'ai aucune réponse. D'ailleurs de quel droit les aurais-je ? 
Peut être n'existe-t-il que pour permettre une fin d'après midi de mars d'écrire quelques lignes sur un blog qui s'endort. 
Bonne fin de week-end !