On oublierait le monde, là pays qui décline et qui s'enlise. On pleurerait sur Nice, la ville meurtrie, mais dans le respect de sa douleur on s'attacherait à la vie. L'Angleterre serait redevenue une île et je l'envie un peu, enfin sortie d'une partie des technocrates qui gouvernent le monde. De l'autre côté de l'Atlantique, on laisserait nos amis gérer eux-mêmes leur propre politique. On serait quand même attentifs à nos soldats, au loin. On oublierait lâchement les malheurs des autres.Nos politiques cesseraient pour quelques semaines leurs pitreries électorales et leurs tristes rodomontades sans lendemains. On serait aussi en vacance d'hypocrisie. 

Non ! Nous, on se dirait que c'est les vacances. Les vraies vacances d'un jour où les vacances d'un soir. On s'assiérait dans le jardin pour écouter le soir et profiter d'une douceur attendue. Sur les bancs des villes les amoureux construiraient doucement un avenir de rêve entre deux baisers. Les bords des mers seraient peuplés de ceux qui regardent au loin....juste parce que c'est loin, ou parce que le soleil se lève ...ou se couche. Un grand avion déposerait à Roissy une famille d'expats attendus avec impatience. On compterait les jours qui nous séparent d'eux. La fin de la semaine serait occasion de grandes retrouvailles. On serait très nombreux dans une grande maison quelque part en Auvergne pas trop loin des terres d'une partie de mon enfance et du dernier repaire de mes parents. On reviendrait peut être par cette ville où un grand caveau noir les rassemble à présent.
Les samedis nous rassembleraient encore pour des mariages dans cette famille au cent enfants. De ci de là un passage dans une maison amie ,ou bien des amis de passage chez nous, donneraient aux amitiés de nouvelles couleurs, comme rafraîchies par les retrouvailles. 
Matin et soir on entendrait la petite pluie fine des arrosages et le regain des chants d'oiseaux après la douche bienvenue. Quelques légumes dans notre potager minuscule. Les toiles d'ombre qu'on tend. La cabane qui s'anime et quelques nouveaux aménagements peut être dans un pays où les enfants doivent être rois.
Des rires autour de la piscine. Le subtil jeu de projecteur du soleil balayant tour à tour les murs qui entourent notre petit royaume. 
Les cloches qui marquent les heures tintent plus clair quand l'air est trop chaud.
A l'aube on ramènerait sur soi un peu de drap faisant semblant de croire qu'il fait frais et on se rendormira.
On montera en bandes joyeuses sur la colline où sur la montagne où le soir nous rassemble en pique-niques joyeux. Au retour les enfants s'endormiront dans les voitures et on portera dans nos bras ces petits corps tout chauds vers le lit qui les accueille.
Et si c'était l'été....