Je crois que ça s'appelle "un petit coup de blues". Le soir arrive. Il a fait chaud, très chaud. La journée se termine, une journée sans trop d'éclat, une journée entre deux, une journée de fin de vacances. Il ne s'est rien passé d:extraordinaire : une paire de volets peints, un jardin remis à neuf, un passage à la piscine, l'attente des enfants à la nuit, un préau fini dans une école, un passage à la mairie. Finalement plutôt des bonnes choses mais rien qui sorte de l'ordinaire, qui donne un peu d'éclat. Un bouquin à lire intéressant mais plutôt ardu qui demande plus d'attention que je ne peux lui en donner.

Une impression de faire du sur-place. Une invitation à sortir qui n'aboutit pas. Une invitation au voyage qui n'aboutit pas non plus.
Que faire dans ce cas ? Se renfrogner , morose ? Broyer du noir en écoutant une musique adaptée ? Partir se promener ? 
Rien de tout ça ne me semble adapté. Alors je vais fermer les yeux, oublier ce qui m'entoure, m'imprégner de ce que j'aime. Fermer les yeux en prenant garde que le sommeil ne me gagne. Laisser le vide et le silence s'installer. Et là, dans les bruits du village de la journée qui se termine 
Aller dans le hangar secret caché au fond des bois. Déjà les oies s'agitent qui veulent prendre leur envol. Les ailes du char se remplissent peu à peu de l'air chaud du soir d'été.
On s'approche de la clairière. Je prends les rênes. L'ami, tu peux si tu le veux monter derrière moi, il y a de la place.
Très vite le char monte. Le clocher n'est plus qu'un point. Derrière moi les Alpilles. Le char passe dans le corridor entre le plateau de Vaucluse et le Luberon. Il se dirige vers le Ventoux qui l'entraîne de toute sa hauteur. On passe au dessus de tous ces endroits qu'on aime, connus ou inconnus. Là, une belle abbaye entourer de lavande, ici une humble ferme, ailleurs un aiguier. 
La lune n'est pas pleine mais sa lueur suffit à nous éclairer. Plus le char monte, plus le cœur s'allège. Et toi qui me suis, sens-tu le vent du haut, du beau, du bien. Quelques lueurs dans les villages ou dans les fermes isolées indiquent que nous ne sommes pas seuls à aimer ces soirs de presque septembre où l'air est plus frais qu'en juillet.
Le voyage dans le rêve continue comme à plaisir. 
Mais soudain, là-bas sur la route, une voiture que je reconnais. Ce sont "eux" qui reviennent pour une dernière semaine. La maison à nouveau va se remplir de voix d'enfants. La cabane et la tour vont s'animer de princesses et de chevaliers.
Vite redescendre. Je dois être là à leur arrivée.
Je te quitte. Mon cœur est redevenu léger.
Alors, bonne nuit ! Merci de m'avoir accompagné dans ce voyage.