Est-ce une souffrance ? Est-ce un besoin ? Est-ce une douleur ? Est-ce simplement un "manque de fatigue " ? Est -ce pour prier ? Est -ce pour partager la peine ou l'inquiétude de ceux qu'on aime ? 

L'homme, retraité ne doit rien à personne. La société pourvoit à sa subsistance. On lui dit qu'il a fait son temps, qu'il a épargné pour sa peine. Le temps lui est donné. Il est devenu très riche puisqu'on ne lui demande plus sa peine contre son pain quotidien. On ne lui demande plus, est-ce à dire également qu'on n'en veut plus ? 
La journée a été très douce. Le temps est redevenu de saison, de ces étés qui se prolongent doucement, juste à la bonne température. 
Un premier tour de village et de marché à l'heure où il se montre, avec notre petit hôte à quatre pattes, Icare,  fier de sortir "en ville". Les commerçants qui s'installent. Les premiers amis qu'on rencontre. La vie des autres est une telle source de richesses et d'émerveillements. Et cette douceur de la rencontre, du sourire, du partage,  quand tant en manquent si cruellement...
Quelques travaux qui suivent pour améliorer la maison et le jardin : extraire quelques énormes racines qui nuisent à l'harmonie, construire un petit mur qui retiendra l'eau qui se déverse dans le nouveau hangar les jours des grandes pluies. Un nouveau tour de marché pour rapporter quelques kilos de ces belles pommes qui poussent ici. Celles-ci viennent sans contraintes, sans produit. Elles sont un peu moins régulières, parfois tachées, mais délicieuses. Une caisse pour La table, une autre caisse pour la compote. 
Puis un repas, délicieux dans sa simplicité et dans toutes les attentions qui accompagnent les gestes de celle qui le prépare.
Le café dans le grand hangar invite à la sieste. Le rosier abondant invite à la reconnaissance. 
Il y a aussi ces bruits venus de l'extérieur. Une fille d'amis morte ce matin dans la rue. Une vie qui se perd malgré la tendresse, malgré l'amour, malgré la prière. On ne sait pas comment des vies ainsi peuvent un jour basculer vers un "autre chose" mortifère. Une profonde tristesse, une grande compassion qu'on ne sait pas comment exprimer. Et puis cette nièce, maman de famille nombreuse,  touchée dans sa santé au moment où elle a tant besoin d'être là, présente, à la tâche. Les bruits déplaisants de ceux qui se battent pour être les premiers dans le pays, ceux qui gouvernent sans amour.
Et la voix des autres au téléphone, partage de vies. 
Vient le temps de préparer ces kilos de pommes en une énorme compote qu'on gardera pour "eux", pour leurs goûters dans la cabane ou dans la tour de bois qui domine maintenant le jardin.
Un long coup de fil de notre garçon, dans son étrange chantier d'Afrique. Il répare une usine avec des ouvriers venus du bout du monde, dans ces pays si rebelles au travail, aux méthodes. On parle de tout ça, d'aujourd'hui et de demain, de sa vie qui se construit.
Et puis le temps de la lecture, le temps de la paix. Un dernier tour dans le village et c'est déjà le temps du diner. 
Une journée "sans histoire". La vie qui se consomme doucement. Le temps qui semble donné comme le rosier du jardin donne ses roses. 
Et puis il y a le rêve, les châteaux qu'on construit en Espagne, l'esprit qui crée tout seul des univers merveilleux. Et la conversation, et l'échange, et cet étrange écran qui nous renvoie le monde à sa manière, à sa façon.
Un diner aussi simple et délicieux que le déjeuner et la première compote qu'on goûte au dessert.
Et le sommeil qui vient comme un ami dans la seconde même où on l'appelle. 
Et on revient au début. Ce lever qui semble ...trop tôt.
Alors l'homme écrit pour ne pas laisser trop de place à l'esprit qui s'affole. Et les mots deviennent admiration, passion, compassion, prière et reconnaissance, action de grâces et demande d'apaisement.
Et l'homme ira se recoucher, mendier encore une heure ou deux de sommeil. 
Le chien s'est réveillé. Il retourne aujourd'hui chez ses maitres. Il est venu passer un peu de temps avec moi, comme pour me dire : " j'ai passé quelques bonnes journées. C'était sympa. Je reviens quand tu veux." Il me regarde écrire et très vite se rendort sur la tapis du salon.
Aujourd'hui notre petite-fille aînée aura  l'âge de raison. Un grand jour qu'on partagera en pensées, en prières, peut-être en image. On ira rendre le chien a nos amis. On assistera à la messe dans un autre village très beau aussi. On partira ensuite pique-niquer chez des amis, dans un château "du bout du monde", de l'endroit où nait la rivière.
C'est vrai ce que dit Sainte Claudine : "Que le Bon Dieu est Bon ! "
Bonne journée, ami lecteur, qui partage les pensées de ton ami noctambule.