Des images qui se mêlent. Les plus joyeuses d'abord : c'est l'anniversaire de mon gendre, un garçon charmant qui est exactement celui que je souhaitais pour ma fille, quelqu'un de bien, un bon mari et un bon père. J'en resterai là pour respecter sa pudeur et éviter toute flagornerie. Les images de cette petite famille et de mes autres enfants. Ceux-là fêtent un anniversaire. Un autre est en route pour rejoindre son bateau dans un pays lointain. La troisième se prépare à réorienter sa vie vers d'autres facettes de son beau métier d'infirmière et le dernier s'apprête à un nouveau chantier, dans une autre ville. C'est vrai qu'ils me manquent tous, mais leur souvenir est bien doux quand il se présente en mémoire. 

Le 11 novembre c'est aussi le jour de la Saint Martin, le souvenir de ces foires d'hivers de la fin de mon adolescence. Les bêtes accrochées le long des remparts, les paysans aux portefeuilles garnis, l'odeur de tout ce qui grille, marrons, saucisses, tripou....
D'autres souvenirs un  peu plus tristes : la grande guerre, Le souvenir de mes deux grands pères, l'un que je n'ai pas connu et dont on ne disait pas trop de bien chez nous mais qui passa plusieurs années dans les endroits les plus exposés des champs de bataille, le second qui vécut de la guerre surtout ses privations,  et plus tard, les images jaunies de son service militaire, et ma grand mère aussi pour qui ce fut l'occasion et qui devint infirmière. Un  pays marqué par la guerre et des êtres qui sortent en lumière. 
Je me souviens des 11 novembre de mon enfance, deux générations d'anciens combattants : ils sont nombreux derrière les drapeaux,nos pères et nos grand-pères. De l'horreur ...mais aussi du courage. Et cette paix qui dure chez nous depuis mon plus jeune âge.
J'ai allumé le feu dans la cheminée au milieu de la nuit à l'heure où le sommeil s'enfuit, il brûle encore. J'ai pris mon petit-déjeuner seul dans la nuit. La maison dort encore. Le jardin seul s'éclaire des premiers rayons d'un soleil timide. 
Mon esprit vagabonde. Les bruits du monde ont été bien étranges. L'étrange arrogance de nos politiques qui s'immiscent dans la politique d'un autre pays quand ils sont bien incapables de balayer devant leur porte. Les péroraisons des journalistes et des instituts de sondages. Tous se sont trompés mais ils ne se résignent ni au silence ni a l'humilité. S'ils se sont trompés qu'ils se taisent. S'ils ont menti pour faire aboutir leurs vues qu'ils soient maudits. Notre pays est trop donneur de leçons. Nous avons tant à faire de petites choses chez nous avant de nous mêler des affaires des autres.
Cette semaine sera la dernière semaine de l'aventure bien étrange d'hommes qui ont gouverné ensemble et qui expliquent chacun à leur tour qu'ils seraient bien meilleurs que celui qui fut leur chef. Pas très joli. Un seul échappe à cette règle : il dit des choses bien intéressantes mais je crains qu'il ne soit bien seul. Je ne suis pas concerné. Je ne suis pas l'homme d'un parti. Je voterai quand viendra mon tour.
Aujourd'hui dans mon village de Provence j'irai à la messe au souvenir de ces hommes de 14-18 où les drapeaux occupent le premier rang puis devant le monument aux morts écouter l'appel de leurs noms. Enfin, j'irai partager un apéritif avec ces quelques uns encore qui honorent ces moments devenus trop rares.
Et puis ce sera un de ces dimanches "qui tombent en semaine", jour de repos partagé, quelques travaux dans le jardin, un peu de bricolage, la lecture au coin du feu. J'écrirai aussi : quelques lettres, un peu plus peut être.
Et toi mon ami lecteur, où et qui que tu sois je te souhaite la plus douces des journées.