Je sais qu'on y parle d'"état de guerre", que des soldats et des policiers armés patrouillent dans les grandes villes pour prévenir des attentats. Il n'en est pas moins vrai que depuis plus de 70 ans, mon pays est en paix. Je suis de cette génération qui n'a jamais connu la guerre. Je me souviens des villes et des villages de ma petite enfance où l'on voyait parfois encore les traces de destructions mais ca n'a pas duré longtemps. Ensuite les travaux se sont succédés et les villes d'aujourd'hui sont de plus en plus belles. 

Ici, ce matin dans mon village on n'entend encore aucun bruit. Le ciel est d'un bleu sans accroc. Le soleil éclaire doucement mon jardin. Je n'ai pas encore décidé de quoi ma journée serait faite car on a eu hier l'agréable surprise de voir débarquer notre grand fils qui venait réviser un examen.

Je crois que je m'occuperai de mon petit jardin de ville, puis j'irai au marché. Je sais qu'à 11h 30 je rejoindrai mes amis du conseil municipal au collège où maintenant une stèle conçue par des enfants rappelle la Résistance. Je sais que sous ce nom le meilleur à parfois côtoyé le pire mais je ne veux me souvenir que des hommes qui, comme mon père, ont mené ce combat incertain et obscur. Il n'en parlait pas, ou juste pour nous en souligner quelque trait amusant ou cocasse. Je pense aussi à cet ami de son âge, qui vit pas très loin de chez nous, qui fut déporté pour ce "crime". Lui non plus n'est pas de ceux qui se précipitent aux commémoration. Comme mon père il a choisi,  après cette guerre, de rester soldat.
Notre monde n'est pas parfait. Notre pays non plus. Ailleurs, je sais qu'il y a encore de la violence et des guerres. Je reviens de visiter un des ces pays là. Je n'ignore pas que des hommes, comme ce fils actuellement chez nous, partent jusqu'au bout de la terre pour veiller sur notre paix. Je sais qu'ils courent des risques. Dans le grand nombre de nos neveux plusieurs ont , comme lui, choisi ce difficile métier des armes. Je mesure ce qu'on leur doit.
Ensuite cet aprés-midi, j'irai prendre soin de ma parcelle aux jardins familiaux : Je tente d'y installer un arrosage et j'ai fait hier encore quelques plantations. Je suis loin d'être expert et je surveille les gestes de mes voisins plus expérimentés. J'aiderai aussi à bâtir la dernière cabane qui reste à mener au bout Et peut-être que j´enlèverai  les herbes de la parcelle voisine pas encore cultivée.
Je crois qu'il faut du temps pour faire un jardin, comme pour faire une maison ou un homme. Observer, s'essayer, tenter, échouer souvent, réussir parfois, reprendre et se reprendre avec patience....et humilité (qualité qui me manque cruellement). Peut-être aussi y introduire ces deux mots magiques qui sonnent un peu pareil , l'amour qui transcende tout, l'humour qui permet le recul et transforme la maladresse en gag.
Dans quelques minutes l'Angelus va sonner au clocher de l'église. Je penserai à cet image de ces paysans qui priaient aux champs en l'écoutant. Je n'ai pas hélas cette simplicité de ces prières des humbles lais j'aime cette image de ce couple recueilli qui, avant l'ouvrage, donne à Dieu sa vraie place.
Bonne journée, mon ami.