C'est un moment curieux, "entre-deux". Ici c'est l'été. Les grosses chaleurs s'installent. Dès midi on met les volets en cabanes pour éviter au soleil de s'imposer dans les maisons. Lorsqu on revient dans le village après la promenade du soir une fois passée la fraîcheur de la rivière, la chaleur des murs et des places chauffées toute la journée au soleil s'impose dans toute sa force. 

Il reste encore un mois avant les vacances scolaires mais les enfants s'attardent dans les chemins après l'école.
La nouveauté de cette année est pour moi ce jardin potager. Je n'ai pas encore expérimenté de le cultiver suivant des méthodes un peu anciennes. Je m'essaie pour l'instant à mes premiers légumes et à apprendre, à gérer semailles et arrosages et à voir pousser le fruit de mon travail. Je découvre aussi une certaine forme de société de tous ces jardiniers aux profils si différents qui se croisent ici.
Il y en a beaucoup d'experimentés, mais quelques uns comme moi malhabiles ne savent pas encore trop quoi planter. J'y vais quand je peux, à des heures incertaines. Je passe beaucoup de temps à regarder ce qui se passe dans les autres parcelles. C'est amusant cette énergie et ces projets sur ce petit morceau de terre.
Mon jardin "de maison" est inapte aux cultures potagères. Inséré au coeur du village, le soleil y est trop peu présent pour prétendre à de vraies cultures et le sol trop pauvre de gravats superposés permet juste à quelques arbres d'aller profondément chercher leur substance, à un peu de pelouse de s'étaler et à quelques fleurs de se nicher ça et là. Mais l'ensemble est charmant et le soir j'aime à y terminer la journée.
Quand je dis que c'est "entre-deux" c'est aussi une époque de charnière.ma fille aînée cherche un nouveau job, la famille de la seconde ne sait pas encore dans quelle pays l'année prochaine se fera son histoire et leurs vacances s'organiseront seulement quand ils sauront. Notre médecin-marin repart une dernière fois en mer avant lui aussi de partir vers une autre destination, au bout du bout de la terre. Notre dernier est le seul stable mais l'été est souvent pour lui la période des gros chantiers, au moment où les usines s'arrêtent.
L'organisation des vacances est incertaine. On espère qu'on se retrouvera tous mais on ne sait pas encore ni où, ni comment. La maison semble demander qu'on l'a prépare au mieux pour accueillir le plus de monde possible, le plus souvent possible.
Je m'y emploie.
Pourquoi je t'écris ça, cher lecteur invisible, avant de partir à la mairie ce matin ?
Peut-être tout simplement c'est devenu un plaisir de partager avec toi ces petits riens, ces "pas-grand-chose" qui donnent de la couleur à ce temps passé sur terre quand on a pris conscience de toute qu'on reçoit.
Hier, un jardinier m'a donné une de ses belles salades. Moi je t'offre à mon tour le peu que je sais faire...ces quelques lignes d'écritures.