J'étais encore enfant, un enfant anonyme perdu dans sa grande famille, gauche et gaucher de surcroît, enfant plein de questions sans encore de réponse. Nous vivions un peu en autarcie affective : la famille nous fournissait en amis et compagnons de jeux et nous ne pouvions pas "jouer dans la rue". 

Au bout de notre jardin de banlieue parisienne qui me semblait si grand vivait un jardinier que je ne connaissait pas. Je crois qu'il était vieux, retraité. Son jardin voisinait le notre par un mur de brique bien plus haut que moi.
Notre grande famille devait lui être sympathique car il arrivait parfois qu'un panier de bois accroché à une ficelle passa par dessus le mur. Combien de fois ? Je l'ignore. Mais je me souviens qu'une fois j'étais seul, songeur, près des deux noisetiers qui nous fournissaient le bois de nos arcs, lorsque je vis descendre ce panier.
" Tu donneras ça à ta maman." Me dit une voix d'adulte.
Le panier contenait des légumes divers, frais cueillis, et au dessus une brassée de petites roses dont l'odeur me revient alors que je l'écris
Maman était ravie. Ces voisins et leur jardin lui rappelaient son enfance et elle aimait tellement les gens que chaque geste d'affection venu d'eux agrandissait son coeur.
Je crois que de ce jour, j'ai eu envie d'un de ces jardins de derrière les maisons. "Le jardin de devant pour les fleurs. Le jardin de derrière pour les légumes et quelques fruitiers."
Il a fallu du temps mais ce rêve se concrétise. Ce qui est resté vrai c'est ma maladresse. Il me faudra du temps à faire pousser quelque chose. Mais mes premiers légumes m'enchantent. Je rêve un jour d'être ce jardinier-donneur. Je ne sait si ce souhait viendra un jour à éclore mais s'il a longtemps dormi dans ma mémoire il est aujourd'hui bien vivant.
Je te parlerai d'autres fois, mon ami, d'autres jardins et d'autres jardiniers mais je crois bien que celui-ci est le premier peut-être à me donner envie.
La pluie d'hier a été trop fine. On en annonce aujourd'hui une plus insistante mais j’ai quand même prévu d'arroser ce soir.
Dieu, que ce temps est doux de ces petits plaisirs offerts. Merci.
Bonne journée, ami qui me lit.

Ps : et si ami lecteur, je peux te demander encore quelque chose, c'est de prier (si tu ne crois pas, partages cette pensée ) pour un petit garçon de deux ans que je ne connais pas mais qui est touché par une grave maladie. J'ai dit que je prierai pour lui et ces phrases écrites sont une partie de ma prière. Le Bon Dieu comprendra.
Merci.