Comment une ville peut avoir eu ce destin extraordinaire ? Peut-être parce qu'elle fut d'abord un rêve, ensuite une promesse, puis quelques siècles une réalité, pour redevenir un rêve, croire à nouveau qu'elle était une promesse et redevenir une réalité parfois affligeante.

Elle est tout ou partie de l'histoire de trois religions qui se sont imposées dans le monde. Trois religions qui ont une souche commune mais qui n'ont pas grand-chose à voir dans leur réalité. La première s'est fermée sur son propre peuple, la seconde s'est heurtée aux limites d'un monde dont elle sait qu'il lui sera toujours hostile, la troisième croit encore que le sang et la violence peuvent encore convertir des hommes qu'elle terrorise, que parfois elle domine mais qui ne pourront jamais l'aimer.
Mais loin de tout cela, c'est la réalité de Jérusalem que nous avons aimé. Le vieux marché, les petites rues et les endroits cachés. Nous sommes trop peu restés pour n'avoir pas envie de revenir se perdre dans ce quartier où, à quelques pas des murailles et des soldats en armes qui empêchent de monter à l'esplanade des mosquées, on découvre une immense basse-cour où ils y a même des dindons. A ce déménagement dans une rue piétonne où les meubles s'amoncellent pour être transportées on ne sait comment. A ces prêtres étonnants de toutes les chrétientés aux costumes si différents, aux ors et aux pauvretés qui se côtoient dans les églises.
Chaque endroit qui rappelle un instant de la vie du Christ ou de ses proches, qu'on découvre au hasard du chemin.
Nous avons eu envie d'y revenir, un autre moment, plus au calme, prendre le temps du silence et de la méditation. Imaginer ces heures qu'on peut passer assis ça où là, oubliés par notre immobilisme à se fondre dans cette vie.
Nous avons aimé tous ces "petits" des églises, les petits moinillons qui sortent parfois d'endroits qui ressemblent à des cages, les petites soeurs cachées occupés à prier ou à ranger des souvenirs, les grands popes qui font un peu peur parfois avec leurs grandes barbes et leurs longues robes sombres qui leur donnent des allures de Raspoutine.
Puis il y a ces pèlerins qui vivent à leur façon ce passage dans la ville, les bruyants, les démonstratifs, les très émus, les mystiques, les silencieux et ceux aussi qui "font" Jérusalem, comme ils ont "fait" Paris, New-York ou "les pyramides" mais qui sentent parfois qu'il y a là quelque chose qui les habite et qui les trouble profondément.
Il y a peu de temps que nous sommes rentrés et j'ai du mal à mettre en ordre ma mémoire. J'ai besoin de relire l'enchaînement des endroits. Mais les émotions, les odeurs, les couleurs s'imposent à moi tout à coup avec force quoique je fasse et où que je sois.
Nous fûmes sûrement de piètres pèlerins, indignes des intentions de prière que nous voulions porter. Pourtant ils étaient là bien dans nos cœurs et dans nos âmes, tous les invisibles qui nous accompagnaient. Ils étaient là, morts ou vivants, connus et anonymes parfois résumés dans un "...et tous ceux que nous oublions en ce moment".
La prière est un don, un art, un mystère qui a rempli la vie des plus grands saints et trop peu de temps de la notre. Heureusement le doux sentiment que la Miséricorde de Dieu n'a rien à voir avec notre petitesse et nos faiblesses nous permet de garder l'espoir.
Ami lecteur, tu pardonneras cette page un peu trop'"religieuse" mais elle s'impose à moi ce matin. Rassure-toi, j'ai tellement souri ou même ri hier soi en relisant Pagnol que je te promets de revenir bien vite à un billet plus léger.
Et maintenant, au travail ! Bonne journée à toi.