Je suis en train de vivre avec lui une étrange aventure. Jardiner est un art que j'ignore complètement. J'avais des jardins des souvenirs, de bons souvenirs. Rien de plus. 

Le souvenir de ce jardin voisin dont je voyais parfois les fruits et les fleurs (je vous en parlais il y a quelques jours ), le souvenir du jardin de ma grand-mère où enfant je me souviens d'avoir ramassé quelques légumes, le gros potager du parc de mon enfance tenu par un jardinier et son père ...en sabots, et, dans les dernières années de leurs vies, mes parents eurent aussi un petit potager au fond de leur jardin.
Je découvre aujourd'hui que je n'ai finalement jamais été "partie-prenante" de ces jardins et tout, dans mon petit espace, est une découverte : Quand planter et quoi ? Arroser ou non ? Quels légumes et où ? Je cherche dans les livres et sur internet. Il me manque la main qui me guide et le conseil de l'"ancien".
Chaque étape, chaque plante est un mystère que je découvre comme on regarde grandir un enfant.
Je suis ému par ce mystère. Il m'arrive d'aller le voir comme ça, pour rien, comme on peut passer des heures à regarder dormir les êtres qu'on aime.
Inattentif et maladroit, il m'a fallu souvent, dans ma vie maintenant un peu longue, m'y prendre à de nombreuses reprises pour acquérir des savoirs, des coups de mains, des savoir-faire.
D'autres sont plus rapides qui savent observer et refaire. Moi il me faut du temps, de ce temps précieux que le Bon Dieu me donne tellement à profusion qu'il m'arrive de me demander ce que je vais en faire.
J'expérimente en ce moment d'installer un arrosage automatique à partir de tuyaux récupérés et recyclés. Là encore, pas d'expérience préalable. Juste mes propres observations, mes propres tentatives. Alors, je me casse parfois un peu les dents, 'cent fois sur le métier je remets mon ouvrage".
Alors quel immense bonheur quand l'un des miens ou l'un de mes amis vient le visiter et le partage avec moi. J'aimerais tout pouvoir expliquer mais tout est encore mystère et découverte.
Peu à peu ce petit espace se forge. Tu le verrais, mon ami, tu trouverais bien ridicule le peu de résultats pour tant d'énergie et d'efforts. Mais comme tu es bienveillant, tu ne le dirais pas.
J'aime à avoir le temps de cette découverte nouvelle. Je me fais une joie à l'été de pouvoir y mener mes petits-enfants, de leur faire découvrir cet endroit et participer à mes émotions et partager les leurs.
Peut-être qu'ils diront dans cinquante ans. "Tu sais, enfant, j'allais en vacances chez mes grands parents. Mon grand-père m'emmenait avec lui au jardin. Il me montrait ses plantes et il me parlait d'elles comme si elles étaient vivantes. Il savait tant de choses. Il faisait bon. On sentait la fraîcheur de la rivière voisine. Il connaissait ses voisins. Ils se parlaient de leurs parcelles comme on parle de ceux qu'on aime. Ils se donnaient des pousses, des plants, des fruits sans autre échange que de lui de l'amitié. Parfois, j'y allais seul et je l'aidais à ma manière. Parfois nous y allons à plusieurs et nous jouions pas loin tout en le surveillant du regard."
Tu vois, petit-enfant que j'aime et qui n'est peut-être pas encore né, ni même conçu, c'est curieux l'esprit de l'homme. Il ne vit pas seulement dans le monde réel mais dans quelque chose de bien plus grand qui englobe ses rêves, ses liens avec les autres, ses espoirs et ses inquiétudes et tout cela sous le regard d'un Dieu qui l'aime encore bien plus que ton grand-père peut t'aimer. C'est inimaginable.
Voilà, ami lecteur, ce que je veux te dire après ce long week-end de Pentecôte, qui nous permit encore de vivre mille belles choses.
Bonne journée.