Hier, il faisait chaud, très chaud dans ma belle Provence. Je n'en profitais que très peu, le temps d'une longue pause, car je tenais un bureau de vote dans mon village.

Repos bien nécessaire cependant qui me permit d'aller arroser mon jardin et même de profiter un peu de ma piscine.
J'étais allé à la messe la veille dans le village voisin, une petite messe de gens aux cheveux d'argent mais à l'âme encore bien fraîche.
Je tenais un bureau de vote. Elle, était à mes côtés, ce qui rend les choses plus douces et plus faciles. Deux employées de mairie compétentes et gentilles, quelques assesseurs dévoués, et le flot sympathique des habitants qui passent. On se salue, on échange des nouvelles, on met des visages sur des noms, on fait voter les petits enfants en place de leurs parents pour qu'ils apprennent ce geste que l'on croit important.
C'est gratuit, assez fatigant. Ça fait partie des tâches assez ingrates de ceux qu'on appelle des bénévoles. On les oublie souvent. Ils semblent trouver eux-mêmes leur propre justification dans leur dévouement et c'est tant mieux. J'aime ces "petits serviteurs" des autres.

Il y a loin de la sagesse des "gens de peu" à la folie et l'inconstance de ceux qui les gouvernent. Beaucoup ne vinrent pas voter pour une chambre dont on leur avait fait comprendre qu'elle ne servirait à rien et que le gouvernement, de toutes façons, ferait passer ses lois par ordonnances s'il le jugeait opportun.

Au-delà de mon village, j'ai trop rarement voté pour le vainqueur des éléctions. Mes idées sont trop peu partagées, peut-être trop exigeantes. Cette élection est étonnante qui amène au devant de la scène des gens nouveaux et qui balaie un système politique et des hommes qui ont fait leur temps. Je ne serai pas de ceux qui vilipendent ceux qui ont perdu ni de ceux qui encensent les nouveaux vainqueurs.
Il se trouve que, dans ma circonscription, je connais assez bien la candidate qui se trouve en tête de cette nouvelle donne. Elle incarne,  hélas ! ce qu'il y a de pire dans ce système qui va mener au pouvoir des opportunistes qui vont pour la plupart en remplacer d'autres parfois un peu mieux, parfois pires mais finalement assez peu différents.
Mais assez parlé. Aujourd'hui je n'irai pas en mairie. Je travaille sur un ancien chantier de mon ancienne activité que je n'avais pas terminé. Il me pèse. Je n'arrive pas à trouver le temps de le finir et il m'a laissé comme un goût d'injustice dans la bouche. Je l'avais fort mal négocié et j'ai voulu être fidèle à une parole donnée : un reste d'honneur qui coûte cher et qui n'est pas facile à mettre en œuvre.
Pour rendre la chose plus facile, j'irai d'abord prendre un "café-croissant" dans un de ces cafés où les artisans se retrouvent avant d'aller au travail. J'aime cette ambiance de ces gens qui se retrouvent là un instant. Ils s'y donnent rendez-vous. Ils y traitent des affaires mais l'ambiance est bruyante et joyeuse. C'est le travail qui crée le lien et quand s'ajoutent à ça les beaux accents de la région, on n'est pas loin de Pagnol, de Giono, de Mistral.
Mais le soleil qui s'est levé dans un ciel d'azur, l'idée même de toutes les belles choses que je vivrai aujourd'hui, l'évocation de la peine et du travail de ceux que j'aime suffiront une fois de plus à me donner ce courage.
Et toi, ami lecteur qui t'apprête à gagner ton propre pain quotidien, à ta peine que l'amour des autres peut rendre bien plus douce, je te souhaite une bonne journée.
Ps : Merci de tes encouragements après mon précédent message. Ca me confirme dans mon bonheur d'écrire.