La soirée fut douce, dans la fraîcheur bienfaisante du  Ventoux, pique-nique familial et amical au pied du chalet de nos amis de toujours.

" La-haut, sur la montagne, l'était un vieux chalet." Un endroit qu'on a vu un jour arriver comme dans un rêve, où on a mis un peu de son travail, qu'on a vu grandir et se transformer en une de ces choses qui restent dans les mémoires bien au delà de leur propre existence. Un dizaine d'enfants jouent autour de nous, quelques-uns partent en promenade, d'autres au contraire se protègent  du vent à l'intérieur. Le temps passe et c'est déjà l'heure de partir, passager à l'arrière de la voiture des "hommes". Devant, mes deux fils conduisent plus vite que je ne le ferais moi-même . Derrière, mon petit-fils, et voisin de siège, est un peu malade...mais courageux, il ne pleurera pas (ou si peu que  l'histoire l'oubliera).

Justement ,dans la nuit, le fils qui conduit repartira vers Paris et son travail, préférant conduire la nuit que d'affronter les "bouchons" sur la route. Je l'ai entendu partir et j'ai pu le saluer au passage et ce matin son message d'arrivée me rassura quand même.
C'était donc à cette heure d'avant le réveil où la maison est calme, où je profitais sans états d'âme du silence, que je vis arriver dans les bras de sa maman, à peine plus éveillée que lui, une sorte de petit ange blond en pyjama qu'on me mît dans les bras. Le temps pour sa maman de préparer son biberon et de disparaître ....et nous nous retrouvons tous les deux.
Un peu déçu de ce départ, il lui faudra un tour de jardin dans mes bras pour effacer un début de chagrin.
 "Là, ce sont des aubergines; Là des tomates; là, la cabane".
 Poli, il feint de s'intéresser et c'est apaisé qu'il rejoint un tapis plein de jouets. Mais très vite, il se lasse et feint de prendre le large. Il faut alors que je partage ses jeux et ses discours.
Tout à coup il s'arrête et fait un bruit étrange qui prouve que cet ange n'est pas un pur esprit mais qu'il possède aussi des intestins. Je retrouve assez vite les objets nécessaires et les gestes un peu oubliés d'un "changement de couche". Il semble reconnaissant.
On passera ainsi deux heures en tête à tête à mieux se connaitre. Sa maman profitera d'un petit plus de sommeil et moi d'un petit plus d'amour. Puis la maison se réveille pour un dimanche au village : la messe avec un vieux curé de "remplacement" fatigué et touchant de dévouement , la recherche infructueuse au grenier d'un "parc" ou d'un "trotte-bébé", le repas, la sieste et maintenant l'appel rafraîchissant de la piscine.
C'est pour ces raisons que je t'abandonne, mon ami.
Passe, toi-aussi, un bon dimanche !