... s'est échappée du cortège. Elle est arrivée la première à la chapelle de la Sainte Vierge. Sa petite couronne de fleurs sur la tête. Quelques petites  dents de lait en moins qui lui donnent un sourire charmeur, son petit bouquet à la main, elle semble fascinée par ces jeunes mariés qui offrent leur prière. Il faut dire qu'ils sont beaux ces mariés  de carte postale : lui dans son bel uniforme militaire, elle dans sa belle robe blanche. Ça ressemble un peu à ce qu'elle voit à la fin de ces livres de contes : la jolie princesse qui épouse le prince charmant. J'aimerais savoir ce qui se passe dans  sa petite tête. 

Les jeunes mariés, un peu émus, ont oublié le texte de leur prière et c'est le prêtre qui au passage récupère le livret de messe pour qu'ils puissent la réciter et leur avec un bon sourire.
C'est un peu l'image de ce mariage. Un grand sourire ....partagé entre les familles, les amis, les prêtres, les mariés.
L'église suffit à peine à contenir les invités. Les vieilles pierres, les belles statues dorées, les peintures qui décorent les petites chapelles, un beau sermon, de beaux chants, des engagements émus n'empêchent pas la lourde chaleur de juillet.
C'est un de ces mariages où on connaît beaucoup de monde et où on se devine des connivences avec ceux qu'on ne connaît pas.
Du côté  du marié, c'est l'élément "militaire" qui l'emporte. On y sent une tradition solidement implantée dans la famille. Tu sais l'attachement que j'ai pour cette institution qu'est  l'armée. J'y ai passé suffisamment de temps pour y découvrir de beaux caractères et pas assez pour sentir la mesquinerie du sort qui lui est réservé par les politiques. Ce ne sont pas ceux-ci qui feront diminuer l'estime que j'ai pour ces hommes.
Les parents de la mariée sont nos amis depuis longtemps déjà. Ils ont trouvé ici un bel endroit pour s'installer et y semblent si bien installés qu'on les croit là depuis toujours. 
On a partagé avec eux de nombreux bons moments. On a appris à les connaitre, à les apprécier, à voir grandir ensemble nos familles. 
Après cette belle cérémonie on se rend chez eux. Une maison qui domine la belle plaine du comtat Venaissin et qui semble tendre vers le Ventoux qui domine l'endroit de son ombre bienveillante. Un parking est installé au début du chemin. De l'eau nous y attend pour se rafraîchir et puis le chemin nous amène jusqu'à une série de restanques plantées d'oliviers qui flanquent la belle maison. 
La messe était tôt, le cocktail nous laissera suffisamment de temps pour retrouver tous les amis connus avant de passer à table. Il y a ceux qu'on s'attendait à retrouver là et ceux qu'on retrouve un peu par hasard.  
C'est le bonheur des " grandes familles" où l'on se plaît  à vivre sans souci des générations, des endroits, des niveaux de vie des uns et des autres. Elles sont un élément qui disparaît de notre paysage tant tout semble fait pour les détruire ou les ridiculiser.  Un vrai plaisir de partager ce même amour de la vie, ces enfants nombreux, ces vieillards qu'on cajole. 
Puis vient le repas, dans un grand hangar derrière la maison, un beau toit de Provence où l'on voit les tuiles de l'intérieur. Un beau toit, lourd et simple fait pour recevoir les lourdes pluies d'orages et endurer le mistral qui semble emporter tout. On dit que c'est le maître de maison qui le fit avec ses fils. Un beau travail, à l'ancienne, fait pour être là comme la maison, pour toujours, ou suffisamment de temps pour qu'on oublie son origine, qu'elle semble faire partie du paysage. 
C'est le tour des discours. Ce sont les pères qui commenceront. Deux beaux discours pleins d'émotions, d'humour et de tendresse. Suivront les discours des frères et soeurs, des cousins, des amis, que sais-je ? Toujours un peu plus difficiles à suivre pour ceux qui n'ont pas partagé ces instants.
Plusieurs inconnus à notre table qu'un seul repas suffira à rendre plus proches. On se partage nos histoires, nos familles et nos amitiés. Le rôle délicat des mariés et des parents qui circulent entre les tables. 
On partira tard dans la nuit, à l'heure où les plus jeunes occupent la piste de danse et où les plus anciens s'y risquent parfois...mais de plus courts moments. 
La descente vers le parking, la voiture retrouvée, le voyage du retour qui sert à partager, à commenter. La maison qu'on retrouve pleine d'enfants qui dorment ou qui s'éveillent le temps d'un rêve.
Une autre famille vient de naître qui viendra jouer sa partition dans ce beau concert.
On est heureux !
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Et toi mon ami qui me lit, je te souhaite la même chose.