J'entends une tourterelle qui roucoule cachée sous un toit. Le "bip-bip" du camion poubelle qui recule dans le village. Quelques oiseaux encore un peu timides. De temps en temps une auto qui traverse les petites rues du centre endormi. Un de ceux qui travaillent tôt pour notre bien-être. 

Il fait plus frais en ce matin d'après-mistral. Un petit enfancon est passé très vite dans les bras de sa maman. La maitresse de maison, la seule qui aujourd'hui travaille à l'extérieur, se prépare à partir en grand silence.
Dans la cour de derrière, sous les grandes bâches d'ombrage, trois petits garçons et une petite fille dorment de ce beau sommeil des enfants. Ils ont mis la tête sous leurs draps pour ne pas être gênés par le soleil matinal.
De temps en temps de l'une ou l'autre des chambres un de ces petits gémissements qui précèdent le réveil des enfants.
Tout mouvement que je fais est un accroc dans cette harmonie silencieuse : le volet qui s'ouvre en grinçant malgré mes gestes précautionneux, le déplacement dans la cour pour aller chercher du pain, la bouilloire qui frémit, le bruit retenu d'une cuillère contre un bol. Ce silence est si précieux qu'on ne veut surtout pas le fragiliser.
Ne pas ouvrir encore le lave-vaisselle. Se garder de ranger celle de la veille. Attendre que la multiplication des bruits signifie une sorte de réveil autorisé, accepté par tous.
Il y a toujours un ou deux trainards qui préfèreront  attendre le dernier moment, le petit déjeuner qu'on s'apprête à retirer de la table, pour déjeuner dans un silence retrouvé et bénéficier d'un peu de solitude.
Quand Elle sera partie depuis quelque temps déjà, que tout ce petit monde sera en place je m'éclipserai pour aller soigner un peu mon jardin. Je reviendrai plus tard. Tout sera en place mais il n'est pas impossible que quelques parents s'attardent encore autour de la table du petit déjeuner : on a tant à se dire ! Dans les maisons de vacances les enfants qui se retrouvent donnent à la vie commune  un autre rythme de vie que celui de leur enfance. 
Les petits-enfants se soucient moins d'eux et leurs jeux sont plus libres. On entend à nouveau parler de projets, de maisons, d'école, dans un autre langage que celui qui est devenu le notre. 
On prend le petit déjeuner dehors. Bientôt les premiers se baigneront tandis que d'autres organiseront la cabane ou la tour. Les jeux de société sortent des armoires. On veillera à ne pas perdre quelque élément pour pouvoir faire durer ces instruments de bonheur.
Ce silence me permet d'écrire tandis que se déplaçant sur les fesses un petit bébé souriant vient annoncer à sa manière que ce calme est terminé. 
Aussi mon ami je te laisse et te souhaite une bonne journée.