image

La maison s'est vidée. Il ne reste que nous deux. Petit à petit l'ordre ordinaire de notre espace se met en place. La fête est encore dans le village. Hier soir, j'ai fait partie de ceux qui veillaient tard et attendaient sa fin. Depuis l'année dernière la fête peut être aussi occasion d'attentats. Hélas ! 

Je recommencerai ce soir cette sorte de veille. Ce sera le dernier soir quand les forains commencent à démonter leurs attractions et que le lendemain matin la place est à nouveau vide....comme s'il ne s'était rien passé. C'est intéressant aussi de voir cet envers du décor, les policiers qui veillent,les pompiers qui sont prêts,  les bagarres évitées, les musiciens qui s'offrent de courtes pauses entre deux chansons.
Je suis rentré très tard ou plutot très tôt et ce matin le réveil fut un peu difficile. C'était pourtant la messe de Celle autour de qui le village autrefois organisait cette fête : la Sainte Vierge. Mais notre pays a oublié sa bienfaitrice et nous étions peu nombreux ce matin. 
A la fin le prêtre nous entraina au cimetière pour bénir un petit caveau qu'il a voulu offrir à ses prédécesseurs oubliés dans le temps. Une modeste tombe au carré des indigents abrite maintenant ceux qui avaient été les témoins de plusieurs générations d'habitants : ils les avaient bénis, baptisés, mariés, enterrés. Ils avaient été leurs confidents, leurs amis, leurs confesseurs. Mais l'histoire est cruelle qui oublie ainsi ses bienfaiteurs. Ce matin l'oubli est un peu réparé. 
En revenant j'ai voulu à ma modeste manière honorer cette Dame exceptionnelle qui enfanta un Enfant-Dieu.
J'ai photographié sa statue abritée dans une niche en plein milieu du mur sud de ma maison. C'est une statue modeste réalisée en de nombreux exemplaires par d'humbles religieuses. 
La niche n'existait pas, c'était un simple trou de pierres. Nous l'avons installée, posée sur quelques carreaux de terre cuite pour qu'on la voit bien. A ses côtés une mini-ruche de terre sèche abrite quelques abeilles-maçonnes. On n'a pas osé l'enlever. Les laissant profiter aussi de cette douce protection. Devant, deux petites bougies,de temps en temps, viennent le soir s'éclairer pour l'honorer de manière un peu particulière.
Elle est là, reine posée sur un trône, son fils sur ses genoux tient le monde dans ses mains. Elle a pourtant cette allure délicieuse de jeune fille empreinte d'un grand secret.
J'ai déposé cette photo sur ces réseaux sociaux qui sont la forme moderne d'expression pour dire ce que l'on aime, ce que l'on pense aussi. Je veux lui dire ainsi que je l'aime, humblement, que je lui suis tellement reconnaissant de son rôle, humble et puissant de protectrice, de confidente, d'amie...bref de Mère.
Demain j'irai aider mon fils aîné qui remet à neuf son appartement avant de le louer et de repartir loin, trop loin pour nous, une affectation au bout de la terre, au Sud du Sud.
Un bon moment à passer ensemble avant un départ proche maintenant.
Et toi mon ami, si tu le peux, partage avec moi cette humble prière, si tu ne le peux pas, aies au moins une pensée pour tout le bien qu'au cours des siècles elle a généré.
Bonne semaine !