La vie n'est pas avare de ses clins d'œils malicieux qui rendent les ciels plus bleus et les âmes plus légères.

Vendredi dernier. Nous quittons notre fille en début d'après-midi. Son déménagement est arrivé la veille et si beaucoup de choses ont déjà pris leurs places. On resterait bien quelques jours de plus avec elle pour l'aider à terminer tout ca. Mais on a des "Obligations". On doit être de retour le samedi en fin d'après-midi.
On part donc et quelques kilomètres après le départ une pluie diluvienne se met à tomber qui nous accompagnera jusqu'au soir. Une pluie battante et le flot incessant de ceux qui descendent vers le sud: Les vacances sont terminées. Allez savoir pourquoi tout ce monde est en route !
La route est très longue et on traverse ainsi les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique. On entre en France et lorsque la fatigue devient trop évidente on décide de s'arrêter.
Les Vosges, certainement une belle région,....qu'on ne connaît pas du tout. On repère le nom d'une ville, on interroge nos tablettes qui nous donnent une liste d'hôtels.
Très vite le nom de l'un d'entre eux L'interpelle, Elle me murmure "Ecoute ce nom étrange : "Hôtel des douze apôtres". Et puis suit une liste d'autre noms, universels, de ces noms d'hôtels uniformes qui bordent les autoroutes.
On s'écarte donc de ce long cordon gris et linéaire où les beautés les plus merveilleuses se résument le plus souvent à un grand panneau marron qui dit "Aven de x..,  Cathédrale de y..,Château de z.." et où ,barbares, nous passons, sans détourner notre route,  à côté de trésors magnifiques.
On arrive dans la petite ville d'eau. Là, sur la place principale l'hôtel nous attend. Il s'appelle en réalité "Hôtel des douze apôtres et de la clé des champs".
On entre demander s'il leur reste des chambres et s'il est encore possible de diner. On nous répond que "oui" et un petit homme vêtu de blanc et noir et cravaté comme les serveurs d'autrefois m'indique une place de parking et aussitôt disparaît.
Une façade quelconque, démodée, cachée par une de ces avancées en aluminium qui déparent les plus belles bâtisses. On entre. A l'intérieur des dizaines de représentations de la Cène, en tableaux, en sculptures, en miniatures et de nombreux statues de saints décorent l'entrée de l'hôtel.
On apprendra qu'à l'origine il abrita un vrai linteau de la cène, ainsi préservé de calamités, et restitué plus tard, la plus paix retrouvée.
Il est tard. On pose nos valises dans l'entrée. On dîne rapidement, servi par un homme lui, tout en noir et d'une maigreur étonnante. Quelques convives terminent leur diner quand nous commençons le notre. Un très bon repas, servi comme autrefois, une argenterie usée, de lourdes nappes empesées recouverte d'une vitre, un décor que certains qualifieraient de "kitsch", d'autre plus snobs de "vintage" mais qui est juste d'un charme un peu désuet.
On découvre notre chambre. Elle, me fait remarquer qu'on se croirait dans une vieille série télévisée du commissaire Maigret. Il y a là, en effet, tous les ingrédients d'un bon Simenon. La douche au rideau fleuri, les portes qui grincent et les parquets qui craquent, le lit très haut "recouvert d'une courtepointe de pilou"'aurait dit ce bon Simenon. Un mobilier en bambou, un papier peint d'un autre âge, mais tout ça entretenu avec soin, propre et en excellent état.
Un changement d'époque, tout simplement.
Le petit déjeuner copieux, un autre garçon de café avec cette "obséquiosité légère" de ce métier qui autrefois donnait au "monsieur tout le monde" que nous sommes l'impression d'être des gens importants.
De nouveau le patron, tenue immaculée, cravate nouvelle.
Au moment de payer il nous demande le prix qu'on nous avait communiqué, nous fait cadeau de nos consommations et nous serre la main avec chaleur, comme un ami de toujours.
Et c'est émus, et contents de notre pause, que nous repartons le matin pour la suite de notre voyage.
Qui pourrait dire, ami lecteur, que notre petit monde est sans joies.
Bonne journée.