L'été fut une vraie découverte : nombre de légumes sur la table venaient de mon jardin, de cet endroit un peu magique où tu plantes une graine et où sortent des melons, des courges, des tomates...que sais-je encore ? L'impression rassurante que quelque part dans le ciel un Dieu bienveillant veille à notre quotidien. 

Il est vrai qu'au départ la terre avait l'air fatigueé, dépourvue de toute vie animale et gorgée de petits morceaux de plastique noir. Aujourd'hui la terre n'est plus vue par les hommes comme l'abri de nombreuses vies qui se complètent et s'activent à produire du fruit mais comme une sorte de substrat dans lequel tour à tour on ajoute, engrais, eau, accélérateurs de vie biologique et freins de vie animale pour donner d'admirables rendements. Comment reprocher à l'homme cette course au progrès et aux rendements qui a libérée (presque) tous les hommes de la faim ?
On sent bien cependant quelque chose de barbare à cette consommation effrénée de la planète. Il est pourtant bien difficile aujourd'hui de distinguer le vrai du faux dans les nombreux discours de théoriciens de l'équilibre naturel.
Mais dans ce petit arpent de terre un homme découvre sur le tard la magie de la nature et déguste avec bonheur des produits dont il se dit qu'ils sont un don de Dieu et un peu de chance. Il est vrai que ces légumes ne sont pas tous très beaux, ni très grands, ni très gros, ni de la bonne couleur mais ils ont une saveur incomparable, celle du don. C'est assez rassurant pour l'homme (médiocre) qui les fait pousser de se dire que ces légumes, qui probablement n'auraient été retenus par aucun sélectionneur, possèdent aussi plein de richesses. A cela s'ajoutent l'effort, les ampoules aux mains, les retrouvailles avec des outils anciens, une sorte de camaraderie de voisinage où le conseil est gratuit et le don généreux.
Il reste qu'aujourd'hui, à l'heure où je vous écris, ce jardin produit encore du fruit et je tente mes premiers légumes d'hiver.
En Provence l'automne s'oublie souvent qui a des allures de printemps surpris par l'hiver. Malgré une sécheresse qui n'a jamais été aussi longue l'herbe reverdit avec les jours qui s'écourtent.
Hier nous avons découvert un autre parcours cycliste qui suit, lui aussi, une ancienne voie de chemin de fer. Un itinéraire entre les vignes, les maraîchers et les vergers entre Ventoux et dentelles. Un peu de fatigue pour nos corps déshabitués de cet exercice, une vraie satisfaction de paysages.
L'année scolaire qui marque notre rythme de vie a repris mais nos activités qui suivent ce mouvement tardent un peu à démarrer à leur tour. Nos semaines sont donc plutot sédentaires et, si les longues soirées sont encore sans feux de cheminée, l'idée d'une morte saison s'installe. Déjà nos petits bataves nous envoient les premières photos avec imperméables et pull-overs.
Aujourd'hui c'est dimanche, ce jour particulier où le village semble endormi alors qu'hier encore le marché l'agitait de mille mouvement et faisait entendre ses bruits joyeux.
J'ai rencontré mes "vieilles amies" avec qui j'ai échangé quelques nouvelles, quelques voisins, le marchand de moules, la marchande de miel. Car en Provence tout prend vite des allures de décor de crèche.
Pour rendre le village à la vie, il a été décidé de mettre la rue principale en sens unique. Cela a pris des allures de révolution tant les habitudes sont ancrées chez les hommes. Mais aujourd'hui la rue principale est bien plus paisible et les piétons y circulent à nouveau sans danger. Quelques commerces tentent à nouveau d'y prendre place...puisse cette initiative perdurer et retrouver l'animation de ces autrefois où les hommes marchaient à pied, parlaient à leurs voisins et connaissaient le nom de leurs enfants et de leur chien.
Mais c'est l'heure de me préparer à la messe. Nous irons certainement chez nos amis les moines à qui nous avons fait souvent défaut ces derniers temps. L'abbaye au pied du Ventoux me manque, la légèreté du plain-chant grégorien, le silence de l'endroit...et ces nombreux amis qu'on y retrouve chaque fois avec bonheur.
Bonne journée ami lecteur. Merci de ta patience et de partager mes petits "riens".