Si l'homme est matinal c'est peut-être juste qu'il n'aime pas trop les ombres des réveils un peu plus tardifs. Comme si la nuit voulait se venger d'un sommeil un peu plus long que d'habitude qu'elle aurait accordé comme par mégarde.

Elles sont vite si insistantes, ces ombres, qu'elles peuvent polluer une journée complète. Alors l'homme se lève et vite il passe à autre chose, au jour qui démarre doucement, à la contemplation de ce qui l'entoure, à l'inventaire de tous ces biens, surtout immatériels, qui lui ont été donnés en grand nombre et qui composent son quotidien.
L'ombre ce matin là était celle d'une grande sœur partie trop tôt. Une grande sœur méconnue, longtemps lointaine, pour mille raisons dont aucune n'est bonne. Cette ombre s'était imposée après avoir, la veille, parcouru des milliers de photos pour mettre un peu d'ordre dans cet amoncellement de souvenirs. C'était une photo de ses derniers jours, quand le corps ne correspond plus tout à fait à l'âme et que les deux veulent divorcer.
Il faut alors impérativement retrouver les rires de l'enfance, le temps passé, les jeux, les désobéissances, les punitions, les retrouvailles, les pardons donnés et ceux reçus souvent sans être dits.
On se dit qu'on a perdu du temps. Mais après tout qu'est ce que le temps quand un seul moment peut sauver une vie et lui donner toute sa lumière ?
Il se passe alors un phénomène etrange, une prière non dite, juste pensée, juste suggérée par l'évocation de l'autre.
Et un sourire se dessine sur le visage, de ces sourires gratuits de la solitude, de ces sourires dont seul le Ciel est témoin ....d'ailleurs c'est à lui qu'il s'adresse.
Les liens ne se sont jamais vraiment noués ou renoués avec sa famille, ses enfants probablement dans l'incompréhension de cette longue séparation et de ses longs silences. On n'y peut pas grand-chose. On ne construit pas sa vie avec les absents. C'est déjà compliqué avec les présents.
Il reste la prière et parfois même seulement l'idée de la prière. L'évocation d'un nom, d'un visage que l'on offre certain que c'est bon...on ne sait jamais comment.
Les réseaux sociaux maintiennent un lien ténu avec l'une d'entre eux...mais c'est si peu de chose.
Et puis l'enchaînement des actes, des pauses, des rencontres...et des écrits aussi donné à sa journée ses vraies couleurs. Je crois qu'on appelle ça...la vie.
Et c'est cette même vie qui m'appelle maintenant à l'ouvrage.
Bonne journée, ami lecteur.
Et pardonne à ce billet d'être un peu trop gris. Je te promets qu'il sera corrigé par d'autres ...plus lumineux.