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Lorsque j'arrivai ce matin à ma table de travail je m'aperçu très vite de quelque chose de bizarre, un sentiment d'hostilité qui flottait dans l'air. J'allumai ma lampe et je les vis. Ils étaient là, nombreux, en rangs serrés, les "poings faits", prêts à en découdre.

Eux ....c'étaient les mots.
"Grognon" était en tête avec ses gros ventres et son air revêche. "Triste" promenait sa frêle silhouette et une face de carême finissant. Derrière eux ils étaient nombreux à maugréer et à s'agiter. Ce fut "porte-parole" , ce mot qui postillonne, qui parla le premier. Toujours un peu emphatique, en ayant l'air de prendre son temps, il était fier d'avoir été choisi...comme si les idées venaient de lui. Il se lança dans un long préambule où il commença par ses voeux qui n'avaient rien à faire là, le plaisir de me retrouver...mais la demande n'arrivait pas.
Heureusement, j'étais de bonne humeur : je venais de visionner une petite vidéo arrivée dans la nuit où ma tribu exilée au pays des moulins souhaitait à ceux qu'ils aiment ( et qui sont très nombreux) une bonne année. C'était joyeux et frais. Puis avait suivi ma revue de vocabulaire de mots néerlandais dont je m'étais tiré de façon très honorable.
"Au fait ! Mes amis. Au fait"
"Franchise" prit la place de "porte-parole" et s'avança avec un peu en retrait "jalousie" avec son air triste et colère à la fois.
"Tu nous laisses tomber. Tu passes ton temps avec des étrangers bizarres. Tu parles d'eux avec tendresse. Et nous, tu nous délaisses. "
J'éclatais de rire. J'étais content et agacé. Content parce qu'on est toujours fier d'être l'objet de la jalousie. Ça signifie que plusieurs personnes différentes vous aiment. Agacé qu'elles croient que ce puisse être de façon contradictoire.
Mais je vis qu'ils avaient de la peine. Je les priai de continuer. Ils avaient en effet beaucoup de choses à dire. Et il faut savoir écouter quiconque a de la peine et qui tente de l'exprimer.
"Venez!" leur dis-je et je passai au salon. Je me mis dans un coin, face à la cheminée éteinte. Ils se répartirent les autres sièges. Je pris conscience qu'ils étaient très nombreux, plusieurs milliers c'est sûr. Plus de dix mille peut-être, mais quand on aime il faut vite arrêter de compter.
Je les regardai en silence en attendant que le bruit s'apaise. Lorsque le silence, cet ami du Bon Dieu, s'installa, je commençais.
"Tout d'abord, pardon. Je vous ai fait de la peine. J'aurais dû vous tenir au courant. Je vous en demande pardon."
Puis j'enchaînai sur l'histoire de cette rencontre avec les Pays-Bas, de mon envie de mieux connaitre ce pays et ces habitants au travers de sa langue, des mes efforts, de mes difficultés, de mes progrès.
Et je leur demandai : "Vous ai-je délaissés pour autant ? Non ! Au contraire car pour l'instant à chaque fois qu'un mot étranger ses présente, son double français se propose à moi. Je n'ai pas écrit moins. Je n'ai pas parlé moins ma langue d'origine. J'ai continué à lire en francais avec bonheur. Seulement j'ai élargi mon coeur à de nouveaux amis. J'apprends à les connaitre, je deviens "leur" ami. D'ailleurs je me propose prochainement de vous les faire connaitre. Et vous verrez qu'ils sont charmants."
Je continuai longtemps à leur parler du bonheur de la découverte. Chaque fois que pour cela j'utilisais l'un d'eux je le voyais rosir de bonheur. Ils étaient à la fois acteurs et spectateurs.
Cela dura longtemps. Je sentais leur intérêt et leur tendre affection. Le jour se levait. Je leur dit : "allez ! Maintenant, filez ! Je vous appellerai quand j'aurai besoin de vous."
Tu vois, ami lecteur, qu'ils sont revenus puisqu'ils m'ont aidé à écrire cette histoire.
Il faut maintenant que je me prépare. Je te laisse.