barroux

Ce Jeudi-Saint pendant l'office, dans cette abbaye et que vous aviez vu se construire pas très loin de chez vous.

Je me demandais comment vous étaient comptées ces longues années d'exil que cette maladie vous imposât durement. Cette maladie qui vous écarte doucement des vôtres, d'abord joyeusement puis d'une façon de plus en plus brutale, sans que même ceux qui vous aiment le plus ne puissent vraiment comprendre. Je me suis souvenu du début, quand vos absences pouvaient faire sourire et même être vraiment drôles. Puis on vous vit moins souvent. On pouvait lire l'évolution de votre maladie dans les yeux et sur le visage fatigué de votre mari qui vous a accompagné avec courage pendant cette longue période, ne comptant ni son temps, ni sa peine.

Je me demandais alors, si vous pouviez dans cette retraite forcée vous en apercevoir et si vous en souffriez. Maintenant je suis sûr que vous savez et que vous pouvez voir comme il fut admirable pendant tout ce temps. Il nous impressionnait par sa douceur et sa patience. Non pas qu'on ne s'attende pas à cela de sa part. Nous savions bien que c'etait un homme de foi et de courage. Mais il est vraiment bon de voir le courage en action.

Il en est de ces maladies qui rendent ceux qu'on aime dépendant des autres, comme une source de grâces qui vont bien au-delà de ce qu'on peut imaginer. Vous l'aviez vécu vous-même en accompagnant sans relâche un enfant plus faible que les autres. Là vous le viviez "de l'autre côté". Vous pouviez peut-être mesurer ce que vous aviez su donner vous-même...sans compter.

J'ai regretté de n'être pas auprès de vos enfants et de votre mari pour leur dire combien je partageais leur peine, malgré leur soulagement probable de vous savoir enfin déchargée de cette lourde peine pour aller dans un Endroit bien plus doux où on sait, ou au moins où l'on attend en sachant qu'un jour on va enfin savoir et connaître.

Les parents de nos amis nous sont des êtres chers surtout quand ils accompagnent nos vies en voisins bienveillants, surtout quand on sait qu'ils partagent une même foi, une même façon d'être, de penser et de voir. Quand ils disparaissent c'est un peu aussi de notre vie qui s'efface mais dans la douceur feutrée d'une même Espérance partagée.

Votre génération se retire maintenant discrètement, peu à peu, en silence, laissant derrière de beaux exemples à suivre.

Nous vous en remercions.

 

Reposez en paix.