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En épousant un militaire je savais bien que nous serions parfois séparés, surtout en cette période qui n'était "d'après-guerre" que pour ceux qui n'étaient pas dans l'armée. Car elle continuait, sous d'autres formes, dans le monde entier et de jeunes hommes comme toi servaient sans relâche, et sans faiblir, notre pays qui renaissait en métropole.
Puis il y a eu ce jour fatal où tu es devenu pour ton pays un héros ...mais pour tes filles et moi, ce grand absent qui nous manqua si longtemps. J'étais seule. Je surveillais avec patience ces petites filles qui grandissaient, ces jeunes femmes et ces jeunes mamans ...puis grands-mères. Elles et les leurs remplissaient la vie sur terre. J'assistais à leurs joies, aussi parfois à leurs peines. Mais toi, tu étais là, lointain et présent à la fois. Tu étais resté à ce bel âge d'homme qui t'avais vu disparaître.
Ce célibat géographique, si pénible à nos familles de militaires, tu le prolongeas bien longtemps. Un célibat géographique entre deux mondes, celui des vivants et celui des absents.

De temps en temps je revoyais au hasard de mes passages chez des amis, ta belle photo , en "Grand Uniforme" de Saint-Cyrien. Elle orne maintenant un livre. Et te retrouver là, quand je ne m'y attendais pas, me créait toujours cette même émotion.

Maintenant je peux aller en Paix te rejoindre. Car si Lui l'a choisi c'est que c'est le "bon" moment. Ce temps m'a paru long, mais pour rendre l'épreuve plus facile,  Il a su le remplir de tous les bonheurs quotidiens de nos enfants, petits-enfants, arrières petits enfants.
Je ne sais pas ce que tu sais déjà. Je ne sais pas les nouvelles que je vais t'apprendre mais ils sont très nombreux ceux que nous laissons derrière nous.
...Ton passage à été court mais fécond ;-)
J'avais hâte de te retrouver. Maintenant ça va se faire. Et nous n'aurons pas trop d'une éternité pour contempler ensemble Ce que tu vois déjà.
Et vous mes enfants et mes amis de la terre, patientez à votre tour. Vous nous retrouverez. Je vous embrasse comme j'ai toute la vie aimer le faire.
À Dieu !

 

Pardonne-moi, ami lecteur, si tu ne connais pas la belle personne à qui je pense ici. Nombreux sont ceux qui sauront de qui je parle. Parmi ceux qui nous précédent il en est qui éclairent notre chemin, malgré leur humilité, par leur noble attitude et la justesse de leurs vies. Ils, où elles, forcent le respect et l'affection.