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Mon jardin est là qui se réveille doucement devant moi. Un peu en désordre, mal réveillé. Il présente à ceux qui l'aiment son visage sans fards du matin. C'est le week-end. Il se dit qu'on va prendre du temps pour s'occuper de lui, arroser, remettre de l'ordre, couper quelques mauvaises herbes. Mais pour donner une belle image il livre son dernier trésor : la belle rose enfin ouverte d'un rosier nouveau, un petit dernier, arrivé il y a quelques mois.
Mon jardin est un jardin volé à l'ombre, aux gravats, aux ruines qui autrefois remplissaient cet espace. L'ombre l'empêche d'être propice aux légumes. Il a fallu aller les planter dans un autre espace aussi abandonné.
Mon jardin est un peu à l'image du village que j'habite et que j'aime. Son coeur a été déserté. Pour d'étranges raisons il s'est vidé de sa substance alors qu'il renferme des trésors. Ce qui lui a manqué c'est qu'on le fréquente, qu'on s'y promène, que le soir venu on aille s'y perdre.
La faute à qui ? La faute à quoi ? Je l'ignore. Peut-être ces autos dont on ne sait plus se passer et qui ont envahi les rues. Ou alors ces écrans qui nous fascinent et nous détournent le regard des belles œuvres de Dieu.
Il me semble loin pourtant le temps.... du temps qui ne passait pas assez vite, de ces allers-retours parisiens dans des avions trop plein de gens trop occupés pour regarder le monde. J'aimais cette ivresse de se sentir utile ou important. Aujourd'hui mon temps s'est apaisé. Mes jours sont remplis de plus petites choses et j'ai envie de partager les merveilles que je vois et que j'entends.
J'ai la chance de participer dans une faible mesure à ce que j'espère le renouveau de mon village. Redonner un sens aux choses. Prendre le temps de parler à celui qu'on croise.
Ainsi, en assez peu d'années, on a pu reprendre quelques bâtiments oubliés et délaissés. On a relevé le beffroi qui menaçait ruine, repris quelques remparts, une crèche, un centre social, des petits bâtiments çà et là, une banque qui est devenue la poste, des routes, un pont, un centre sportif qui rassemble les jeunes.Que sais-je encore ? J'aime cet inventaire un peu hétéroclite.
Demain, c'est le coeur de la ville qui retrouvera des couleurs. On dégagera la belle église de la gangue de macadam et d'autos qui l'enserre. On remettra sur le chemin des passants quelques jardins qui donneront envie de flâner le soir. Il y aura des fêtes (que j'espère modestes) et peut-être que le soir, des familles entières iront flâner dans ces rues, ces ruelles et ces chemins, le long des Sorgues, sur les places retrouvées, aux terrasses des cafés qui auront retrouvé leur attrait.
Il ne reste pas grand-chose sur terre du passage des hommes que peut-être ce sentiment d'appartenance à une terre où l'on n'est même pas né.
Le soleil semble enfin revenu. La fin du mois de Juin est propice aux fêtes. Hier c'était un charmant concert dans une église. Ce soir un des ces dîners de fin d'année de ces activités qui permettent de retrouver des amis à une fréquence régulière. Demain on fêtera l'anniversaire d'un ami. La semaine qui suivra sera une de ces semaines où nous sommes deux. Nous préparons ensemble la maison à l'été. Puis ce sera le temps des retrouvailles, des rires prolongés dans le soir, des histoires qu'on raconte aux enfants, des spectacles qu'ils donneront.
Ce matin en écoutant le merle dans le mûrier de Chine, j'ai envie de faire mille choses...tout en prenant mon temps.
Il y a quelques ombres dans ce paysage : ce neveu qui ne marche plus sans que l'on sache pourquoi, cette soeur touchée par un mal inquiétant, un frère déçu dans un de ses rêves,un autre trompé dans ses espérances ...et ce monde qui parfois semble fou.
Difficile d'y croire ce matin. Alors ces quelques mots, ces inquiétudes, ces bonheurs et ces mystères, je vous l'offre mon Dieu à Vous qui seul savez le pourquoi de ces choses.
Vous savez mieux que moi encore ce que sont mes faiblesses. Je ne peux pas Vous mentir. Je sais que Vous m'aimez et je compte bien sûr Votre aide et sur Votre indulgence pour m'aider, pour nous aider jusqu'à ce jour qui viendra où on saura peut-être à notre tour le "pourquoi' de tout cela.
Et toi, ami lecteur, je te souhaite un bon week-end.

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