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C'est une petite parcelle que j'exploite pour la deuxième année. Dans ce petit endroit merveilleux je remonte le temps. D'abord, il y a la terre : un limon qui fut fertile du temps où les Sorgues inondaient sans cesse la région. Les hommes ont su capter cette énergie mais le limon est devenu une mauvaise glaise. Mais peu à peu les forêts, les prairies, en se décomposant, ont donné à leur tour à cette terre une énergie nouvelle. Vint l'homme qui peu à peu l'épuisa à son tour au point qu'un jour elle fut délaissée.

On disait d'elle :"c'est une mauvaise terre !". Certains paysans vous le diront encore d'elle, qui ont connu ce temps.
Un jour l'homme revint. Sur ce terrain délaissé on fit une quarantaine de petites parcelles qu'on distribua à ceux qui n'avaient pas de terrain à cultiver en potager.
Il n'y eut pas tant que ça de demandeurs : aujourd'hui cultiver ses propres légumes à moins d'attraits ...même pour les plus pauvres. L'effort est trop grand par rapport aux résultats obtenus. Surtout que les règles sont sévères : pas d'engrais, pas d'insecticides, rien de chimique. Tout doit être naturel.
Un jour je pris la mienne avec un ami sans savoir ni quoi, ni comment, ni combien, ni quand : toutes les questions que l'on se pose quand on veut cultiver un jardin.
Peu à peu je m'imprégne de tout cela. Je regarde. Je surveille. Je lis. Je cours chercher l'information (le plus souvent sur internet..dit-on assez le bien de la connaissance diffusée par ce média ?).
J'ai d'abord fait l'expérience de l'épuisement d'une terre par une agriculture trop intensIve. Pas d'insectes, aucun ver de terre. Des milliers de petits fragments de ces plastiques qui servent à isoler les cultures du sol.
J'ai vu quelques maigres légumes sortir de ma terre pour mon plus grand bonheur. J'ai peu à peu compris pourquoi est si dur le métier de la terre : on ne choisit pas son moment. Il faut être attentif à la pluie, au soleil, aux insectes, aux rongeurs.
J'ai vu revenir d'abord des insectes plutôt indesirables, mangeurs insaisissables de mes petites graines, puis des rongeurs trop contents que ma bêche leur facilite le creusement de leurs galeries.
J'ai lu. J'ai cherché comment les chasser naturellement. J'ai appris le fumier, le compost, l'eau justement distribuée...ni trop, ni trop peu.
J'ai encore plein de choses à apprendre. Je vois avec bonheur grandir des légumes plein de saveurs. J'aime rencontrer d'autres jardiniers, apprendre leurs parcelles, leurs trucs, leurs histoires.
Je comprends même l'enthousiasme qu'on pu avoir les hommes de toute cette chimie qui paraissait magique et qui évitait les cruelles pénuries...avant que l'on ne comprenne que ce pouvait être un danger.
Je respecte le travail de ces paysans qui développent leur maitrise de ces technologies. Je ne suis pas devenu un intégriste écolo. Mais j'aime à savoir que Dieu me donne sans compter même si, aussi dans ce domaine, sa manière de donner est parfois surprenante.
En jardinant, je médite et je prie. Je comprends mieux cette manne des hébreux qui arrivait chaque jour dans le désert pour couvrir leur besoin. Ils ne pouvaient pas la stocker. Il fallait chaque jour la demander. Je sens cette bienveillance qui me nourrit chaque jour.
Mes mains sont souvent sales de cette terre un peu glaiseuse qui pénètre à l'intérieur des pores et qu'il est dur d'enlever. Elle me rappelle d'où je viens.
Et pour couronner le tout, lorsque la maison de remplit de mes petits-enfants j'aime qu'ils viennent faire un tour "au jardin de grand-père". J'aimerais qu'ils conservent plus tard le souvenir que j'ai moi-même du jardin de ma grand-mère que j'ai trop peu connu et dont je conserve une image merveilleuse.
Bon dimanche, mon ami lecteur.