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J'ai toujours beaucoup aimé ce jour. Pourtant mon père y était réticent comme à beaucoup de fêtes familiales imposées. Privé lui-même de père à une époque où la seule justification de cette absence aurait été qu'il fut mort à la guerre, (mais ce n'était pas le cas) fêter ce jour eut été célébrer une absence bien cruelle. 

Pourtant mon père était un "vrai" père, qui croyait à ce rôle et qu'il l'assumait intégralement. Il lui manquait des bases, des exemples et comme il avait de l'imagination, il avait parfois, à sa manière, imaginé certaines attitudes et certains comportements.
J'aimais mon père. Je n'ai probablement pas assez su le lui dire et à la fin de sa vie, quand, même entre hommes, les langues se délient et les sentiments se révèlent je n'ai pas bien su s'il entendait ce que je lui disais. Mais aujourd'hui ce n'est pas de lui que je veux parler mais bien plutôt de moi.
Car aussi je suis père. Ce cadeau merveilleux de la paternité je l'ai toujours ressenti comme une délicieuse injustice. Qu'est ce qui pouvait me donner tout à coup ce pouvoir de transmettre la vie et de deviner quelques petites choses de moi et milles choses de Celle qui avait porté en elle ce précieux fardeau?
J'ai aimé ces petits corps chauds réfugiés blottis dans mes bras, les caresses de la petite enfance, les moments partagés, les travaux faits ensemble et ceux faits pour eux. J'ai aimé aussi les confidences, les échanges, les heurts parfois. Je crois même avoir aimé les incompréhensions et les brouilles heureusement éphémères.
J'aime la famille un peu comme j'aime mon jardin : un don de Dieu qu'on entretient avec patience et délicatesse en essayant de comprendre ce cadeau et en tenant de rester dans la logique de ce tresor reçu.
J'aimais les petits cadeaux de l'enfance. J'aime ceux d'aujourd'hui. Les messages, les coups de téléphone, les présences parfois. Aider son enfant à grandir n'est pas toujours une chose facile. Parfois on se trompe. Il arrive aussi qu'on n'arrive pas à établir avec succès la communication. Et puis il y a ce temps où ceux qu'on a porté dans les bras vivent de leur propre vie. Un jour viendra où je serai pour eux une charge, un souci. J'aime avoir été le fils du père et puis le père de mes enfants.
Nous autres pères, avons parfois du mal à dire :"Je vous aime" lorsque nous le devrions. Alors vous tous qui me lisez, fils de..., je veux vous dire ce "Je t'aime"au nom de tous vos pères, les courageux, les maladroits, les absents, les fragiles, les petits et les grands.
Dimanche est passé depuis deux jours mais ce n'est pas bien grave. Merci pour les cadeaux que vous avez faits, ceux que vous avez oubliés, les mots, les présences, les absences, les mots doux, les maladroits, merci aussi pour les inquiétudes, les questions.
Je déteste cette société qui confond tous les rôles, où "père" et "mère" devraient ne plus avoir de sens. Mon monde à moi est un monde de petits qui mettent leurs pas dans ceux de ceux qui les précèdent en ajoutant juste un petit peu d'"eux", et ce que Dieu a fabriqué ainsi que l'homme ne s'avise pas de le défaire.
Pardon pour ce dernier paragraphe mais je voulais aussi l'écrire et fils de qui que tu sois, ami lecteur, je te souhaite une bonne journée.