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Une lourde pluie d’orage, de celles qui passent à travers mon toit...hélas. Elle est arrivée juste au moment où quatre petits brigands, un lapin chapardeur et leur maman repartaient terminer leurs vacances en d’autres endroits. En quelques heures elle a changé le rythme du temps et ce matin c’est la fraîcheur qui m’a réveillé. 

La fraîcheur et peut-être aussi un peu le manque...

Le temps passe. Le temps des petites gens, le temps de ceux qui ne marqueront pas l’histoire.

Que restera-t-il demain dans la tête et dans le cœur de ceux que nous laisserons ? Quelques souvenirs furtifs et épars, quelques complicités éphémères, des odeurs, des bruits...

J’ai presque terminé le portail de remplacement et je tente de reprendre mes affaires ordinaires. Ce soir la maison sera à nouveau pleine d’une ribambelle d’enfants....pour un soir.

Elle, a œuvré toute la soirée pour qu’à nouveau sa maison se remplisse dans les plus grandes conditions de confort.

Moi, je ne sais pas trop quoi faire pour l’aider dans ces moments. Mes gestes sont empruntés et maladroits à ces tâches là. Je suis plus fait, je crois, pour refaire le jardin, la maison, les murs. Enfin je crois.

D’ailleurs que restera-t-il de nous ? Peu de choses, je crois, pendant une ou deux générations...peut-être.

Et ce n’est pas de l’ingratitude, c’est juste le rythme du temps.

Aujourd’hui la place est vide à côté de moi dans le canapé. Mon petit visiteur du matin qui se levait avant les autres, peut-être aussi pour ce moment, s’en est allé. Ils arrivaient ensuite les uns après les autres....ils me rappelaient les matins de là génération précédente qui nous rejoignaient parfois ainsi dans le lit en se réveillant le matin.

Ceux-ci sont devenus à leur tour des hommes et des femmes. Ils se sont éparpillés dans le monde, ils font des métiers, ils réparent des maisons. Ils font aussi, peut-être sans trop s’en apercevoir, bien mieux que nous des choses dont nous avions rêvé. Ils sont aussi et surtout d’autres êtres qui ont leurs propres vies, leurs propres désirs, leurs propres victoires sur eux et sur le monde.

C’est compliqué ce bonheur de transmettre, ces moments de grâce reçus et partagés, souvent sans en prendre conscience. J’ai tellement le sentiment d’avoir tant reçu de ceux qui m’ont aimé que j’ai l’impression de n’avoir que trop peu donné en retour.

Il en est de même avec Vous, Mon Dieu. De Vous, j’ai tout reçu. En retour Vous savez mieux que tous la médiocrité de ce que j’ai rendu ou transmis à mon tour. Il y a des matins où je me dis que tout cela n’a que peu d’importance que Votre indulgence et Votre bonté sont tellement au-delà de tout cela que vous saurez continuer à m’aimer quand même dans cet autre monde promis. Mais il arrive aussi que je me demande pourquoi Vous continueriez à attacher de l’importance à un être si peu reconnaissant. Et là, je m’inquiète...

Le temps d’écrire ce billet , et le ciel pâle du petit matin est devenu de ce bleu éclatant qu’on connaît chez nous. Le temps de faire....

Et toi, ami lecteur, je te rends grâce, par ta seule présence, parfois aussi par quelques mots laissés d’être devenu un peu de mes journées.