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Il y a longtemps que je nous ai pas parlé d’eux .Eux, ce sont mes nouveaux amis, ces mots de Néerlandais qui se présentent à mon écran chaque jour. Je suis loin de les avoir apprivoisés. Mais chaque jour ils me deviennent un peu plus familiers.

Je conçois qu’il puisse paraître un peu stupide, sinon vain que de tenter d’apprendre une langue qu’on ne parlera probablement jamais, dans un pays où on ne passera que quelques séjours, et qui n’est pas du tout répandue dans le monde.

Et alors ? Ami lecteur, si tu me lis régulièrement c’est que tu es capable aussi de faire des choses inutiles. Non ?

En tous cas, j’ai eu plaisir à déchiffrer de plus en plus de phrases, d’affiches, de notices. Parfois même j’attrapais au vol quelques mots prononcés. Je nourris même le secret espoir que mes enfants séjournent un an de plus dans ce pays que j’apprends à connaître.

Ces mots aux formes rudes, ces sons souvent gutturaux qui me sont durs à prononcer, ces formes de phrases si différentes, je commence à les aimer.

Et au delà de ça j’aime également cet exercice qui fait appel à ma mémoire souvent, et plus rarement à mon intelligence. J’aime à me retrouver comme un petit enfant qui essaie d’attraper au vol ces sons pour en faire des phrases, des actes, ou encore mieux des idées.

J’aime aussi justement que ce soit inutile en un temps où on croirait que tout doit avoir une utilité.

La vie révèle au fur et à mesure combien ce qu’on croyait utile est vain et ce qu’on croyait vain est utile. Je me souviens de cet exemple que me donnait mon père des poinçonneurs de tickets de métro. C’était pour lui l’exemple même des gestes que des hommes avaient fait toute une vie, pour lesquels ils avaient souffert, ils s’étaient battu parfois ou ils avaient fait des grèves...et qui étaient remplacés par des machines. Il avait raison.  Depuis des millions de tâches humaines ont été ainsi remplacées. Et il serait stupide de les maintenir.

Mais j’aime à savoir que ces petits gestes du quotidien ont permis de nourrir ces hommes, de leur donner ces préoccupations qui remplissent nos vies.

Alors quand, au moment de mes exercices, je vois ces mots pointer le bout de leur nez pour le mettre à l’épreuve je ressens un vrai bonheur un peu comme lorsque se rappelle à moi l’image d’un ami.

Aujourd’hui il va faire beau dans mon village et c’est tant mieux. En ce moment se tient une manifestation liée à la terre et au patrimoine paysan. C’est intéressant. On y croise un mélange coloré d’ « intégristes de l’écologie » et de braves gens qui comme moi considèrent que nous devons rendre à nos enfants une terre la moins abîmée possible tout en restant réalistes.

Hier il pleuvait et les manifestations de gilets jaunes ont nui à la fréquentation.

J’y retournerai donc aujourd’hui, voir ces gens qui partagent ce goût de la nature et acheter ça et là de quoi parfaire mon jardin. J’espère qu’il y aura du monde.

C’est important pour mon village, aujourd’hui soumis à l’épreuve du doute, que de se replonger dans ses racines et dans ces traditions. 

Voilà je te laisse, mon ami et complice lecteur. Il faut que je bouge....