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Il pleuvait ce matin. J’avais l’humeur maussade du jardinier... qui n’ira pas au jardin. « Il te reste le bricolage ! » me dis-je et fort de cette idée, pour ne pas perdre un samedi matin, j’allais à mon magasin préféré. Ce magasin est dans une de ces zones que je déteste et que j’évite le plus souvent. Sorte de cités vouées aux achats, elles me donnent vite le cafard.

Sur le rond-point qui précédait la dite zone je vis passer un étrange cortège de « gilets jaunes ». Ils allaient comme en procession rejoindre une sorte de baraquement de palettes aux allures de bidonville. De tous âges et de toutes allures, ils semblaient sans conviction pour ralentir les chalands qui, comme moi, avaient oublié leur existence. 

Il y avait dans leur démarche comme une profonde tristesse. Étaient-ils déçus de ce combat qui ne semble pas porter de fruits ou simplement fatigués de ce temps qui passe sans autre effet que de les appauvrir davantage ? Un air de retour du bureau ou de l’usine, un soir de semaine ordinaire.

Ils ne sont plus « cols bleus » ni « cols blancs ». Ils ne sont plus ni « actifs » ni « chômeurs », ni « jeunes », ni « retraités ». Le « gilet jaune » est le drapeau qui les rassemble. Ils ont perdu leurs couleurs, les couleurs qui donnent de la vie aux hommes et aux choses.

Le rond-point portait sur l’asphalte la trace de feux et sur les côtés des amas de débris jonchaient le sol.

Les villes où ils manifestent ont les rideaux des magasins baissés et des allures de villes assiégées,

Curieuse révolution où chaque reportage montre des hommes qui s’affrontent ou se cherchent, guettant la caméra ou le téléphone portable qui va les filmer. Policiers qui craignent qu’on les sanctionne pour une image de trop, gilets jaunes qui veulent se prémunir d’éventuelles abus de pouvoir. Étrange révolution que celle de l’image où chacun tente de faire le buzz, où l’on confond action et échanges de messages.

Étrange révolution où, des journées entières, des chaînes dites d’information repassent en boucle les mêmes séquences et guettent aussi l’image un peu différente ou le commentaire imprévu qui fera monter leur audience.

Je n’aime pas les révolutions. Elles laissent derrière chacune d’elles un peu plus d’injustice et un peu plus de misère pour les petits...Et même s’il arrive qu’elles changent les visages de ceux qui gouvernent, ils restent des « gouvernants » c’est à dire des hommes qui savent en contrôler et en contraindre d’autres à leur profit ou à ceux de leurs classes.

Je me souviens de mai 68 et de ces premiers rangs des manifestations devenus sur le tard de bons bourgeois nantis et bedonnants.

Je n’aime pas non plus que les gouvernants, forts de leur place, méprisent ceux qui les ont mis là. Et oui, car c’est ainsi, dans nos systèmes dit démocratiques ceux qui s’en plaignent sont les mêmes que ceux qui les ont élus.

Y a t-il une issue à cette crise, à ce débat sans interlocuteur, où chacun tente de faire croire à l’autre qu’il s’intéresse à ce qu’il dit alors qu’il cherche à le berner ?

J’étais un peu triste, te dis-je. Mais finalement est-ce que la vie est là, dans ce jeu de pouvoir ?

Bien sûr que non ! La vie ? Elle est dans ce marché de mon village qui se terminait à mon retour. Elle est dans ces gens qui travaillaient à le nettoyer et à ranger leurs étalages. Elle est dans ce jardin qui sera demain de nouveau accessible. Elle est dans la chandeleur, la crèche qu’on range et les crêpes qui se préparent. Elle est dans ces images d’enfants rieurs qui me sont parvenues ce matin. Elle est dans le pain quotidien, dans le travail et dans la peine des hommes.

Elle est dans le cœur et la vie de celui qui lira ces lignes...aussi.

Bon dimanche mon ami.