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Samedi matin. La voiture quitte la plaine des Sorgues sous un petit crachin. Un retour de mauvais temps qui a un peu surpris tout le monde. Très vite la récompense est là. La voiture s’avance entre le Rhône et les remparts d’Avignon. Les travaux du tramway ont chassé nombre de voitures et les remparts sont maintenant très visibles. Si ça n’a pas simplifié la vie des avignonnais, c’est pour les touristes voisins que nous sommes une meilleure façon de voir la ville papale et ses merveilles. 

Nous traversons pour passer le grand fleuve et grimper sur les coteaux de Villeneuve et des Angles. En face de nous, une zone commerciale commence à peine à s’animer. Et puis Un grand rond-point, qui fut « repére » ou « bivouac » de « gilets jaunes » et qui est aujourd’hui déserté. 

La pluie, peut-être ? Ou bien la fin de ce conflit étrange où des gens, vêtus de cet étrange uniforme, semblent ne pas savoir ce qu’ils veulent et affrontent des gouvernants qui ne savent plus qui ils sont.

Il reste de ce moment de révolte une série de cabanes en palettes. Bidonvilles éphémères d’un pays inquiet. Sur l’une de ces bicoques qui se donne des allures de bar est indiqué le mot « Fouquet’s », humour bien amer qui vante la destruction barbare d’un symbole de notre capitale. Je me refuse a excuser cette « sauvagerie ».

Ensuite nous nous engageons dans une petite voie secondaire pour rejoindre l’endroit où nous avons prévu de nous rendre.

C’est un entrepôt que j’ai cent fois aperçu de la route sans bien savoir quel activité étrange il s’y tenait. Une imposante statuaire, des pièces en cours de travail, d’autres monumentales qui sont restés là, abandonnées après avoir été remplacées par des copies pour retrouver une seconde existence sur une place ou au cœur d’un bâtiment. 

Nous sommes les premiers. Nos amis nous rejoignent les uns après les autres mais personne ne descend de sa voiture car la pluie ne s’est pas arrêtée et on attend le « sésame, ouvre-toi ! » qui nous permettra d’entrer.

Deux hommes nous attendent. Le père et le fils. Deux générations d’artisans de talents. De ces artisans qu’on consulte partout de par le monde pour un savoir-faire reconnu et mérité .( L’epouse du « père » nous rejoindra un peu plus et nous comprendrons encore mieux comment ici le travail se fait dans L’harmonie d’une famille.)

Car nous sommes là dans un atelier de staff, de sculpture et de décoration, héritier de ces traditions de savoir-faire relayés de siècle en siècle par compagnonnage et par transmission dans le travail.

Deux hommes qui nous consacrent par amitié et par amour de leur métier une matinée de leur repos pour nous faire partager leurs merveilles. 

« Sages » et attentifs, comme on arrive parfois à l’être à nos âges, nous les écoutons nous raconter la création d’une sculpture monumentale, d’un mur de staff impressionnant, de pièces aussi plus modestes mais toutes aussi chargées d’anecdotes. On voyage dans le temps et dans l’espace. L’origine ou la destination des pièces, les techniques de fabrication, les matières, les gestes, tout à une vie.

 Rien qui ne soit pas intéressant  dans cet endroit où les techniques les plus modernes, côtoient les « tours-de-mains » et les « trucs » de métier. 

Dans ces murs accueillants où , travaillent deux compagnons à un ouvrage probablement très attendu, on devine aussi tout ce que signifie le travail d’une équipe : une famille où chacun a sa place. Car on ne triche pas avec le travail manuel. Il faut, pour y exceller, allier le savoir-faire et l’humilité. Savoir cent fois sur le métier remettre l’ouvrage. 

Et ces artisans-artistes nous expliquent avec bienveillance l’histoire des pièces qu’on croise, les techniques de fabrication ou de restauration. Chacune de ces oeuvres est une occasion de parfaire un savoir-faire, un mode opératoire, une connaissance des matériaux.

Nous sommes sous le charme et nous avons du mal à quitter les lieux et les maîtres des lieux. Ce n’est que le juste sentiment de ne pas vouloir abuser de leur temps un matin de week-end qui fait cesser le flot de questions et d’explications.

Conscient d’avoir vécu un moment privilégié, dans un de ces endroits de « savoir-faire » et « savoir-être » dont notre pays peut s’honorer avec fierté.

La France, notre France, est aujourd’hui souvent raillée , méprisée, vilipendée.

Mais cette semaine deux événements ont été pour moi les symboles que notre pays a vraiment une belle âme : le sacrifice sur la terre d’Afrique d’un de nos médecins militaires et la visite de cet endroit où le mot « travail » revêt toute sa grandeur.

Je sais qu’il arrive à certains de mes amis qui ont organisé cette visite de lire mes modestes écrits. Qu’ils sachent que je les remercie de cette belle initiative et qu’ils transmettent à nos « accueillants » toute ma reconnaissance.

Bonne semaine.