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Tu me demandes, cher Eulophène, quelques nouvelles de moi et de ce beau pays. Je vais tenter d’y répondre en commençant par moi...parce que c’est le plus facile.

Je vais bien. Toujours installé dans ce beau village de Provence (qui n’est pas sans souci..hélas !), je vis une retraite paisible avec des enfants au bout du monde et des petits-enfants qu’on espérait voir se rapprocher et qui s’éloignent encore plus de nous (sur la mappemonde...mais pas dans nos cœurs ). Ils partent dans un pays qu’on dit magnifique et que nous commençons déjà à aimer avant même de le connaître.

La vie se déroule au rythme d’un temps incertain dans un printemps qui nous a surpris par ses égarements, un jardin qui a besoin de soins, une maison que je cherche à agrandir, une participation à la vie municipale qui me donne quelques joies et beaucoup d’inquiétudes en ce moment.

Nous avons passé la journée d’hier à Marseille auprès d’un frère et de sa femme dans un des ces endroits que la grande ville cache avec jalousie. De ces lieux paisibles dans une ville qui fourmille et bruisse à l’entour. Une arrivée matinale, une promenade sur les quais avec un « mistral de folie », un passage dans une boulangerie plusieurs fois centenaire, une messe dans la vielle abbaye fortifiée qui depuis presque deux milles ans domine le port, un sermon « pastoral » par un prêtre aux accents de Pagnol, un bon repas, une longue promenade  le long d’un ancien canal qui surveille la ville au loin, la rencontre impromptue d’une charmante famille de neveux...bref de très bons moments.

Je ne travaille plus, mais ELLE oui, ce qui me donne un sentiment de culpabilité quand mes journées ne sont pas « actives ». J’ai l’impression de vivre à ses crochets, même si je jouis d’une retraite tout à fait légitime.

J’y reviendrai plus longuement dans une prochaine lettre. 

Quant à mon beau pays c’est plus compliqué. Depuis près de six mois nous sommes confrontés à une étrange crise. Au début ce fut une sorte d’explosion d’exaspération sur devant des mesures surprenantes et douloureuses qui pèsent sur le quotidien des plus petits. Mais le mouvement a duré avec son lot de manifestations,  de dégradations, de mauvaise gestion de cette crise.

Et si je devais te le résumer aujourd’hui je dirais que c’est un mouvement de « gens qui ne savent pas, ou plus, ce qu’ils veulent face à des gouvernants qui ne savent pas qui ils sont ni où ils veulent mener le pays. »

Le tout dans une gêne permanente qui pèse sur la  vie quotidienne, une dégradation des relations entre les hommes et un « dèsamour » de plus en plus grands des français pour la vie politique.

Dans ce contexte nous allons devoir voter dans quinze jours pour élire un parlement ...européen. Cette belle initiative de paix et d’entraide entre peuples voisins et trop longtemps ennemis est devenue un lourd appareil bureaucratique et réglementaire qui vient se superposer aux autres.

Trente-quatre listes pour une élection dont on sait déjà qu’elle intéresse à peine un électeur sur deux et peut-être encore moins dans le contexte actuel.

Si on écarte les partis qui veulent être élus pour détruire l’appareil qui les aurait accueillis, les obsédés de telle ou telle cause qui n’a rien à voir avec la politique qui voient en ces élections  une tribune d’expression « bon marché », ceux dont la préoccupation est de faire vivre à coup de subventions les appareils politiques qui les nourrissent et que sais-je encore...il n’y a plus que les quelques partis « habituels » auxquels plus personnes ne croit.

La plupart de ces grands partis ont mis en tête de liste des inconnus, un peu comme ont sacrifie un animal pour faire traverser un troupeau dans une rivière infestée de piranhas... Ils sont le plus souvent très jeunes : ce qui  traduit bien une volonté d’être présents si jamais il y a un gâteau à partager mais sans prendre de risque individuel.

Tout cela est bien triste. J’avoue qu’un de ces candidats tient un discours dont le contenu philosophique et éthique me plait bien et est assez proche des valeurs que je défends. Mais « chat échaudé craint l’eau froide » et ce candidat appartient à un parti dont le précédent représentant se prévalait d’une belle intégrité qui s’avéra cacher bien des failles. Et tout se termina dans un douloureux fiasco.

Car s’il est une chose que je déteste par dessus tout, c’est le mensonge public et politique. Je préfère que les loups soient des loups plutôt qu’ils se déguisent en brebis.

Bref, comme plus de 50 millions de mes compatriotes, je ne sais pas encore pour qui je vais voter. Ce que je sais déjà c’est que ce sera un vote du « moins mauvais » et sans aucun enthousiasme.

Tu vois, mon cher Eulophène, la démocratie a aussi ses limites.

Mais je t’écrirai plus tard pour te donner plus de nouvelles. Je ne dois pas tarder à « me bouger ». Il y a encore tant de choses à faire.

Je te remercie de me donner des nouvelles de ceux que nous avons laissé « Là-bas »..

Je t’embrasse.

 

Jacques