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Ma chère maman,

 

Tu m’as demandé de vous faire parvenir quelques nouvelles dès que je serai arrivée dans ma nouvelle famille d’adoption. Je m’empresse de le faire.

J’étais très triste de vous quitter tous une veille de jour de fêtes des mères et je n’ai pas pu savoir comment tu avais trouvé le petit collier de croquettes que j’avais fait à ton intention. 

J’avoue que je n’étais pas trop mécontente de partir de cette maison car si j’aimais beaucoup les deux petites filles mais... je détestais ces deux gros chiens qui m’ont obligé à vivre en recluse au fond du garage.

J’ai d’abord rencontré mon nouveau « maître ». J’avoue qu’il m’a fait peur. Grand, une grosse voix, l’allure un peu sévère. Je n’étais pas trop rassurée.

Il m’avait offert en « surprise » à ma nouvelle maîtresse. Une petite dame toute blonde et toute douce que j’ai très vite aimée. J’ai dès cet instant compris que je n’allais plus parler de maîtresse mais de « maman » (...d’adoption bien sûr car je n’ai qu’une « maman » et c’est toi). 

Ils m’ont vite rassurée. J’ai d’abord fait la timide et je les ai peu à peu apprivoisés. Il est important que chacun d’entre nous reste à sa place et il faut que j’arrive à leur faire comprendre.

Ils vivent dans une maison étrange, un peu biscornue et pleine d’endroits secrets pour se cacher. Ils ont un jardin aussi qui a l’air beau. Mais ils semblent craindre que je ne m’échappe et je pense que j’en serai privée jusqu’au moment où ils comprendront que je suis raisonnable.

Je les fait beaucoup jouer. Ils semblent adorer ça. Je fais le lion en grognant très fort, ou le crabe en marchant de côté. Je pousse aussi des miaulements impressionnants mais ils semblent assez insensibles à la peur.

Je dors beaucoup. J’ai joué l’anorexie quelques jours pour leur faire peur mais maintenant je mange à ma faim.

Lorsque je veux la paix, je me cache dans des endroits que je suis seule à connaître. Mais comme la maison est pleine de recoins, je crains de me trouver nez à nez (ou plutôt museau à museau) avec une souris, voire un gros rat....alors je reste prudente.

Ils me parlent souvent de leurs enfants qui semblent vivre loin d’eux dans des pays étranges et étrangers. Et de leurs petits enfants qui doivent avoir à peu près mon âge (les hommes comptent leur âge différemment de nous, c’est étrange!). Deux grandes filles adorables : l’aînée danse et joue du piano, la seconde est gymnaste. Deux garçons : un petit boxeur qui vit la plupart du temps habillé en footballeur et une crapule qui ne va pas encore à l’école...très rigolo.

Ils vont venir cet été avant de partir à l’autre bout du monde. Je crois qu’on est déjà amis.

J’ai tenté de dormir dans le lit de mes nouveaux « parents ». J’ai joué la tristesse. Ils se sont laissé attendrir. Je crois que je n’aurais pas du, en plein milieu de la nuit, m’attaquer à ses pieds à lui... il a hurlé. M’a pris sous le bras et m’a chassé de la chambre pour toujours. Mais il n’a pas l’air de m’en vouloir.

Elle travaille, une semaine sur deux. Lui est à la retraite mais a plein d’activités mystérieuses. Il parle souvent d’un jardin familial et d’une mairie. J’aimerais savoir ce dont il s’agit.

Ce qui fait que je suis souvent seule à la maison. Alors je dors, je lis. Il y a plein de livres pour enfants. J’explore ce nouveau monde.

Pour l’instant il est assis à côté de moi dans le canapé du salon. Il s’est mis à parler tout à coup une langue étrangère et puis une autre, puis il a écrit sur sa tablette. Il m’a pris en photo. Parfois il semble absorbé par un ailleurs étrange. Je crois que les hommes appellent ça « rêver ». D’autres fois au contraire, il se lève d’un coup et file à un autre endroit interdit parce que dangereux qu’il appelle atelier.

Il arrive aussi qu’il se taise en regardant une image. Je ne sais pas ce que c’est.  Il lit beaucoup. Il écrit beaucoup.

Elle, quand elle est là, n’arrête pas. Elle fait beaucoup de choses. Il lui dit qu’elle se fatigue et qu’elle le fatigue et qu’elle n’est pas obligée de tout fabriquer elle-même (ses savons, ses lessives, ses produits d’entretiens, ses vêtements, ses confitures, etc....). Ils se chamaillent un peu parfois (comme des enfants) mais se réconcilient rapidement. Elle le surveille comme un petit enfant...et ça l’énerve. Il paraît que c’est très souvent le cas chez les humains.

Mais le sommeil me gagne. Je te raconterai plus tard.

Je t’embrasse très fort, chère petite « maman en vrai ».

À bientôt,

 

Praline, petit chatte bien sage ;-)

 

et toi ami lecteur, je te souhaite une très bonne journée.