EB24F008-6A72-414D-A7ED-663C67BE1D60

Il y a dans le temps des vacances des « pleins » et des « déliés » comme autrefois dans les pages d’écriture manuscrite.

Nous venons de vivre deux semaines de pleins : une maison archi-pleine où quelques-uns doivent dormir dans des lits de camp pour que l’on puisse les accueillir, des journées pleines de rires, de jeux d’enfants et de conversations de « grands ». Une période de canicule où il faut arroser à la main dans la fraîcheur relative du matin ou la pénombre d’un crépuscule tardif. 

Et puis les voitures se sont remplies à nouveaux. D’aucuns sont repartis vers d’autres destinations de vacances et notre voiture a remonté nos petits-enfants en Beaujolais pour quelques autres jours de vacances d’où ils repartiront pour une autre destination avant de venir terminer leurs vacances chez nous.

Je préfère ne pas trop penser à leur départ vers leur nouvelle terre d’accueil. Elle est bien lointaine... mais ils l’aimeront comme chacun des endroits où le travail les a amenés et où leurs vies se construisent dans des langues étrangères.

Nous ne verrons pas cet été notre « australien » parti depuis trop peu de temps pour avoir des vacances. Notre marin du bout du monde lui revient en France pour quelques années pour de nouvelles missions qui seront certainement très riches aussi.

Donc la maison n’est plus remplie que par ELLE, votre serviteur et une petite chatte de quelques mois. ELLE, est en vacances de travail et moi en vacances de...mairie.

Ces journées de déliés sont propices au repos, à la réflexion apaisée aussi. Mais cet après-midi c’est un livre qui a pris mon temps, un «Marcel Aymé » que je n’avais pas encore lu et que j’ai ramassé sur un de ces étals que proposent certains habitants du village en partage de lecture.

Marcel Aymé est un des auteurs que je préfère sans avoir d’ailleurs très bien analysé pourquoi. Il incarne pour moi une philosophie de vie très proche de celle que j’aime et encore plus de ce que je sens. En lisant ce livre je n’ai pas cessé de penser à mon ami musicien qui partageait avec moi le goût de de cet auteur, un ami dont ce sera bientôt l’anniversaire et à qui il m’arrive bien souvent de penser dans ces lourdes chaleurs d’été. Car le temps de déliés c’est aussi le temps des souvenirs qui défilent devant vous en prenant le temps de se faire bien voir.

J’ai quand même passé ce matin presque quatre heures au jardin. J’essaie de mettre en place, simplement, des « parcelles pédagogiques » dans nos « jardins familiaux ». Un vieux projet évoqué autrefois par les initiateurs de cet endroit et tombé dans l’oubli. L’idée de partager avec d’autres nos expériences et nos inexpériences dans un endroit qui rassemble. J’aime, en manipulant cette terre, me dire que cet endroit sera un jour partagé avec les enfants des écoles ou d’autres jardiniers ou qui sais-je encore ?

Il faut, je crois, pour qu’un tel projet voit le jour que les choses se fassent simplement, sans trop de publicité, à petits pas comme quelque chose d’évident.

D’autres pensées, plus maussades, m’agressent parfois. À six mois de la fin de notre contrat de mairie aucune alternative ne se prépare (ou alors c’est en secret de moi) et j’ignore qui succédera à notre maire actuel qui a promis qu’il partirait en fin de mandat. Il est sûr que je suis loin de la belle espérance qui m’animait six mois avant les précédentes élections. Heureusement les six mois qui viennent sont tellement chargés de chantiers que je n’aurais pas trop le loisir d’y penser.

Heureusement dans ces temps de déliés souvent m’apparaissent des ombres douces et bienveillantes, celles qui m’auront accompagné toute ma vie et qui renforcent en moi un sentiment d’éternité bienveillante. Je crois en un « au-delà » qui est aussi un « en-deçà » qui donne à tout ce temps et à tout cet espace que je ne comprends pas et que je connais si peu ...un sens évident.

Mon Dieu, si je n’avais qu’une prière à faire ce serait de partager ce sentiment d’évidence avec tous les gens que j’aime, avec tous ce que je ne connais pas, avec aussi ceux que je n’aime pas (je sais : vous voudriez aussi que j’aime ceux qui ne m’aiment pas....mais  ça c’est un peu difficile encore).

Et toi, ami lecteur, je te souhaite un très bon été.