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Ou peut être agriculteur, ou peut être les deux...

 

Mon cher X...

 

Je ne connaîtrai jamais ton nom et d’ailleurs ça ne devait pas être important pour toi quand tu construisis cette cadole. Tu répondais juste à un besoin. Il te fallait de l’eau pour ta maison, tes bêtes et ton jardin. Tu avais fait venir le sourcier qui l’avait dit que la veine était là. Et puis le puisatier avait creusé et descendu les pierres. Pendant qu’il creusait, tu remontais la terre. La plus glaiseuse, te servit, mêlée d’un peu de chaux, à assembler les pierres. Et puis vous êtes arrivés au niveau du sol. Tu avais déjà rassemblé les autres pierres soigneusement choisies pour construire la cadole. 

Tu avais un aide qui te préparait le mortier et tu as construit soigneusement avec les matériaux sortis du sol et de l’industrie des hommes ce bel ouvrage.

Le temps a passé. Une partie de la maison a été détruite. Le mur sur lequel elle s’appuyait ne retenait plus de jardin. Il s’est chargé de ronces, de lierre et de sureaux et puis a disparu.

Tout ça n’est écrit nulle part, n’a fait l’objet d’aucun traité savant. C’est juste écrit avec la terre et les pierres. 

Ton ouvrage menaçait ruine et j’avais peur qu’il ne tombât sur un enfant ou simplement qu’il ne comble le puit. Les hommes ont oublié les puits. Mais la maison a été restaurée et à nouveau la fille l’habite qui a quitté la grande ville pour venir vivre à la campagne. Le puit va servir à arroser un jardin que je compte bien l’aider à mettre en place avant le printemps.

J’ai donc fait tomber le plus dangereux et consolidé du mieux que je pouvais ce qui devait être sauvé. Il ne restait pas grand chose. Je suis souvent reparti du sol et ce qui reste a souvent un petit air penché qui peut faire un peu peur.

Mais hier soir j’avais terminé de la consolider. Il me reste le toit et la porte que je viendrais ajouter dès que je pourrais. Je n’avais pas assez de force pour remettre en place la belle margelle. Ce sera pour la prochaine fois.

J’avais pour apprenties ma femme et ma fille qui gâchèrent avec moi le mortier et le béton. Gentilles petites aides courageuses et fortes. 

Dieu merci ! Ces matériaux plus modernes et un peu plus solides demandent un peu moins de science au bricoleur que je suis.

Bien au delà de cette réparation c’est tout un cycle de vie qui se remet en place. Nous avons ajouté notre petite part à celle des anciens. Car comme le disait Barrès : « Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. »

Ce sont ces géants sans noms que j’honore dans ce billet. Ceux qui comme ces soldats connus ou inconnus qu’on honorait hier et qui ont construit notre pays de leur sueur et de leur sang.

Alors je te salue et je te remercie.

Je veux, dans ma vie, mener le même combat du respect et du souvenir. C’est plus compliqué dans le monde politique où le mensonge règne en maître.

Mais je ne désespère pas et si le même Dieu qui t’aida à construire ta cadole me le permet, je vais de ce pas rejoindre le chantier de travaux de mon coeurdeville en espérant y apporter aussi ma petite contribution. Tant que ce sera possible...

Bonne éternité, qu’elle te soit douce et paisible.

 

Jacques

 

Ps : et toi ami lecteur qui me fait la grâce de me lire....bonne semaine et bon courage pour ta « cadole » à toi , je veux dire ton labeur quotidien.