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Mon cher Antoine,

À la veille de prendre ta retraite, tu me demandes à quoi peux ressembler une journée de ....retraité. Tu crains de t’ennuyer et tu n’as peut-être pas tort car l’ennui sera aussi, si tu sais le gérer, un  plaisir retrouvé de ton enfance et ton adolescence.
Je n’ai pas mille discours à te faire et peu de conseils à te donner.
Je te dirai simplement, sans ambages ce que fut mon  "hier" , est mon "aujourd’hui", et sera probablement mon "demain" (si Dieu le veut !).
Je me suis levé avant le jour. J’ai ouvert tous les volets de la maison sauf celle de notre chambre où ELLE dormait encore. Le chat m’a suivi pour me montrer son affection mais, devant ma volonté de ne pas le nourrir tout de suite, il est vite retourner se coucher .
J’ai « petit-déjeuné », en lisant sur ma tablette les titres des journaux. Je n’ai exploré aucun article. Rien de bien passionnant. J’ai fait la même chose sur les différents « réseaux sociaux » que je fréquente à ces heures sans non plus trop m’attarder.
Ensuite, j’ai mes petites habitudes. Quelques jours par semaine, je m’entraîne à progresser en langues étrangères. Je n’ai aucun don dans le domaine mais une grande curiosité et ce petit exercice « intellectuel » m’aide à imaginer mieux le milieu de mes enfants lointains.
Maintenant, j’écris ce petit texte. Ça prend aussi un peu de temps mais j’aime l’idée d’être lu et de partager mon petit « ordinaire » avec des amis invisibles connus ou inconnus.
Ensuite j’irai à la mairie. J’avoue que j’y vais avec un peu moins d’enthousiasme. Si le travail a toujours autant, voire plus, d’intérêt, il y règne maintenant une ambiance « d’avant-élections », de non-dits, de calculs électoraux, et un ostracisme bien décevants.
J’attends des décisions et des annonces, qui n’arrivent pas, pour savoir ce que je ferai moi-même (quoique j’ai déjà mon idée).
Le secret est stratégiquement entretenu par les mêmes qui parlaient de transparence.
Je déteste ce qui se trame dans l’ombre. Je déteste encore plus l’intérêt mal compris où l’on renie ce que l’on est et où l’on aliène sa liberté au nom d’une soi-disant fidélité (qui peu vite devenir de la complicité..ou de la dépendance). Fin de la parenthèse...
La fin de la matinée c’est mon jardin et mon atelier qui seront l’objet de mes soins.
Un déjeuner en « tête-à-tête », une sieste au coin du feu, retour au jardinage et au bricolage...et puis de nouveau la mairie pour une autre réunion et un conseil municipal.
Ensuite, nous rejoindrons quelques amis comme tous les mois pour un groupe à la fois de réflexion, de prière et de convivialité. Un bon moment qui se terminera par un retour tardif.
Voilà ! tu sais tout. Demain sera assez différent mais il y aura encore de la place, dans un autre ordre, pour ce même genre d’activités.
Finalement tu le vois, ce n’est pas très différent de la vie « d’avant ». Il y a beaucoup de petits espaces dans cet emploi du temps, laissés à la lecture, à l’écriture, au bonheur de la conversation, à des promenades imprévues dans notre voisinage immédiat, à des échanges avec ceux qu’on aime et qui sont toujours trop loin quand ils ne sont pas tout à côté de nous, aux rêves, à l’imprévu et même à cet ennui dont je te parlais au début de cette lettre.
Rien d’extraordinaire, tu le vois,, encore moins d’exemplaire. Juste une vie ordinaire menée par un homme ordinaire qui prend chaque jour davantage conscience que c’est finalement une chance assez grande qu’il faut savoir apprécier.
J’en ai fini, mon cher Antoine, de cette petite missive. Je te laisse en te chargeant d’embrasser de notre part tous ceux qui comptent pour toi...donc pour nous.
Je rajoute que dans ce temps futur, notre « chez nous » peut devenir votre « chez vous », le temps d’une visite, d’un passage, d’un séjour.
Je t’embrasse.
Jacques