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Des Caillols à Marseille, je ne connaissais pas grand-chose, jusqu’à hier matin. Juste que c’était la patrie d’Eric Cantonna, une légende de Marseille.
Hier j’y allais pour tout autre chose, l’enterrement du papa d’une de nos amies. Je ne connaissais pas cet homme. Peut-être l’avais-je aperçu, une fois ou deux lors d’une fête familiale, mais j’avoue que je ne m’en souvenais pas.
J’allais, en cette messe d’enterrement, apprendre à le connaître. Sur le livret de la messe l’image d’un homme sympathique, je dirai même « bonhomme » tant l’association des deux semblait convenir à son portrait. 
Une petite église, à peine plus qu’une chapelle, dans ce quartier de Marseille, qui comme tous ces quartiers qui furent d’anciens villages rattrapés par la ville, vit une propre vie, autonome et sereine.
Une assemblée nombreuse et recueillie dans ce lieu aujourd’hui un peu trop petit. La ferveur des chants, le sermon du prêtre et les évocations du défunt par sa famille montre qu’on n’est là ni par hasard, ni pour satisfaire une quelconque obligation sociale. L’homme qui est là, est bien à sa place. Bien impliqué dans sa paroisse, bien à sa place dans sa ville.
L’église est pleine. Divisée en deux, il y a dans le chœur une de ces belles crèches comme on sait les faire en Provence, pays des pastorales et des santons.
Mais surtout, tout ici, est empreint de l’esprit de la crèche : La vie belle et humble de cet homme, une histoire d’amour commencée à l’enfance et terminée juste le jour de sa mort (en attendant que Dieu rassemble pour toujours ce couple qu’il a voulu créer), le bel accent de Marseille du prêtre (doux, comme celui de Pagnol, pas celui des publicités de la télévision) et ce village des Caillols accroché à la colline, la petite église et la place du village qui voisine avec elle, la maison paroissiale qui nous accueille après la messe à l’ombre de ces deux beaux platanes. De douces évocations d’un homme qui fut bon mari, bon père, bon beau-père, bon grand-père, bon paroissien où la tendresse le dispute à cet humour et ces sous-entendus joyeux qui font l’histoire des familles.
Une épouse, seule maintenant, mais remplie du courage que donne le sentiment que son autre « soi-même » a quitté ce monde dans de « bonnes conditions » qui laissent toute sa place à l’Espérance.
Nous sommes nombreux, qui nous sommes déplacés pour nos amis, parce qu’ils nous sont chers et que beaucoup d’entre nous ont déjà connu ces moments où les parents nous laissent... en première ligne.
 Et lorsque nous nous retrouvons pour un « vous prendrez bien un petit quelque chose avant de retourner chez vous ... », la vie reprend ses droits, le bonheur de revoir les enfants de nos amis, qui comme beaucoup des nôtres sont ..trop loin de leurs racines, l'évocation de ce qui va suivre et de la vie qui continue, et cette intention de prière qu’on portera quelque temps pour aider au passage d’une vie terrestre à celle qu’on espère éternelle. Les sourires reviennent vite aussi.
Chacun repart chez soi, plein de belles images de ce village, de ces voix, du soleil d’hiver qui a éclairé tout ça.
Je pense qu’en temps ordinaire je ne vous aurais pas appelé par votre prénom. Je ne vous connaissais pas assez, mais aujourd’hui j’ai juste envie de dire : «  Merci Dominique de ce beau moment que vous avez suscité. Allez en Paix ! »