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On passe trop peu de temps avec les gens qu’on aime. C’est pourquoi il faut habiter le temps qui nous reste loin d’eux, de leurs images, de leurs objets, de leurs souvenirs.
J’ai quitté la maison ce matin dès qu’ELLE partit au travail. Deux bonnes heures à remuer la terre, à nettoyer les mauvaises herbes, à préparer le terrain. Pendant ce temps là une ribambelle joyeuse de visages aimés et amis défile dans ma tête. Il y a des vivants, d’autres qui ne le sont plus. Certains sont loin d’avoir leur visage d’aujourd’hui mais celui d’il y a 10, 15, 20 ans quand se déroulaient les scènes que mon imaginaire rejoue dans ma tête pour mon plus grand bonheur. 
Mon grand-père ce matin était à côté de moi. Il m’expliquait son jardin, sa jeunesse, son service chez les zouaves. Son pantalon de travail était serré à la ceinture avec une ficelle. Il disait qu’il avait oublié la sienne mais je crois plutôt qu’il était plus maigre et malade qu’il ne voulait le dire. Ma grand mère me faisait goûter une de ses pêches de vignes blanches et juteuses dont le goût est encore présent quand j’en parle. Mon père m’expliquait comment ratisser les feuilles de marronnier du jardin. Il y en avait tant dans ce parc qu’elle s’étaient devenues notre cauchemar. Quelques chiens tournaient dans mes jambes. Pas un n’était de race mais plutôt de ces corniauds rendus malins par des années de chapardage de poubelles.
Mais en même temps je revoyais mes enfants, petits, jouer à côté de moi, et mes petits-enfants dont chaque jour me rapproche davantage de leurs retrouvailles.
Je retrouve les bons moments ...même des amis que j’ai perdu de vue, ou ceux qui se sont fâchés car ça arrive aussi.
Je reprends ainsi des forces pour des moments difficiles que je vis en ce temps où des amis, honnêtes, justifient les actions d’un homme perverti au nom d’une fidélité mal comprise.
Ce matin, bien avant que le jour ne se lève j’ai lu longtemps un livre consacré au silence. Un art que j’ai du mal à pratiquer mais que j’admire chez les autres et que je vis ...à distance comme lorsque j’écoute un virtuose interpréter un morceau difficile.
J’avais repoussé le temps de la tablette et du bruit médiatique. Seul le silence et dehors l’obscurité. Le chat s’était déplacé un instant mais était reparti se coucher puisque je ne lui servait pas de repas. Il faisait froid. Le feu ne brûlait pas dans la cheminée mais un plaid m’enveloppait et me donnait ce confort incertain qui peut se rompre au moindre mouvement brusque.
Il s’est passé un long temps ainsi. Le sentiment de fierté d’être un veilleur qui garde la maison qui dort. La sensation de douceur et de bien-être de se savoir aimé et aimant par des liens secrets tissés avec d’autres êtres au travers du temps, au-delà des temps.
La journée va se dérouler à ce rythme nouveau que je connais en ce moment. Un équilibre à retrouver. L’occasion d’une remise en cause. Bientôt le carême me donnera l’occasion d’essayer d’organiser tout ça. 🙂🙃
Le temps d’écrire ces mots est encore passé trop vite.
Merci mon ami qui me lit. Bonne fin de semaine.