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Tous d’abord il faut planter le décor. Un chemin qui serpente dans une pinède en s’écartant de la ville comme pour la regarder de haut. Une maison de la Côte d’Azur égarée dans le Comtat. Une jolie maison, mais chaulée de blanc comme les maisons du bord de la mer. Une piscine de chaque côté. L’une bien au sud pour profiter le plus longtemps possible du soleil de notre Provence, l’autre au nord, sous les pins, pour mélanger son ombre aux canicules de l’été.
Il y a une explication à tout cela : l’un des précédents propriétaires était au début du xxème siècle un des artistes des opérettes et chansons marseillaises à l’époque de Scotto, de Fernandel, de Raimu, de Pagnol. 
La maison est une maison de vacances. On l’a réouverte pour l’occasion. Dans les sous-bois des sangliers ont remué la terre en profondeur.
Nous allons passer là, l’après midi et la soirée. Peu de temps pour séduire deux petites demoiselles. C’est un lendemain de mariage où tout le monde arrive un peu en retard après une longue soirée de fête.
Maintenant les personnages. Peu de monde. Juste quelques membres des familles de la mariée et du marié. Le lendemain avant que chacun ne reparte chez soi.
Parmi ces personnages, quelques enfants, tous charmants comme les enfants peuvent l’être. Et parmi elles nos deux héroïnes : Rose et Hélène. La boucle est bouclée car ces prénoms pourraient être de l’époque de la maison (nos petits enfants ont souvent  les prénoms de nos grands-parents.)
Rose et Hélène sont deux petites filles parmi les enfants de notre ribambelle de neveux et nièces. Deux petite brunes aux yeux noirs.
On leur présente ce monsieur un peu trop grand pour elles. C’est le grand frère de leur grand-mère...et c’est aussi son parrain...autant dire quelque chose qui sort complètement de leur cadre de référence. Il a l’air un peu sévère. Un petit bisou de protocole pour lui dire bonjour et les princesses s’envolent loin pour retourner à leurs jeux.
C’est compter sans la patience de l’homme qui meurt d’envie de les connaître mieux. 
Passent le repas, et le café. L’homme discrètement s’éclipse vers un transat pour faire la sieste (on est en février mais il fait un temps délicieux de printemps).
Lorsque l’homme se réveille, les deux petites filles, elles aussi, se sont mises à l’écart de quelques mètres pour jouer avec leurs poupées. 
C’est le bruit de leurs jeux qui réveille l’homme qui se souvient que ses petits-enfants enfants à lui sont exactement... à l’autre bout du monde, où leur nuit est notre jour et notre hiver leur été.
Il sort de sa poche cet objet magique qu’on appelle téléphone portable. Une photo : un bébé hérisson.
« Connaissez-vous, mesdemoiselles, l’histoire de Philippon le Hérisson ? » 
« Non, oncle Jacques ! » répondent-elles de concert car elles ont retenu mon nom.
C’est d’autant plus vrai qu’à ce moment, l’histoire de Philippon le Hérisson n’existe pas encore. Mais c’est facile. Ces petits animaux si mignons et si piquants à la fois sont un sujet merveilleux. Souvent on les craint. Ils piquent à l’extérieur mais sont si doux à l’intérieur.
L’histoire nait au fur et à mesure que l’homme la raconte, car le Bon Dieu est Bon qui sait aider les vieux oncles à histoires quand ils en ont besoin.
Savoir combien de temps s’écoule...c’est difficile à dire. Ce que je sais c’est que la prochaine occasion ou je les reverrai ce sont probablement elles qui me la rappelleront. À ces âges la mémoire est fidèle. Mais bientôt c’est pour elle l’heure du bain et du dîner. Et pour nous de l’apéritif. Chacun reprend sa place dans le jeu.
Voilà comment deux petites filles ont apprivoisé le grand frère de leur grand-mère...drôle d’animal ma foi !
L’espace d’un instant, dans un jardin éclairé d’un soleil de février, un homme un peu vieux (mais pas trop quand même)  s’est souvenu d’une histoire qui n’existait pas, pour participer aux jeux de deux petites filles. Il s’est envolé en songe à l’autre bout de la terre pour retrouver ses petits enfants à l’heure de leurs rêves.
Un petit morceau d’un bon week-end. Mais il en reste d’autres à raconter encore...
Bonne journée.