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J’aime trop cette expression qui habille les troubles de la vieillesse d’un nuage léger. Je ne sais pas comment ça pourra se faire pour moi. J’ai l’impression de n’être jamais vraiment sorti de ce temps où tout est dans les « possible ». Je continue de construire des barques imaginaires qui traverseront les océans, ou des cabanes au bout du monde...et ça ne m’a jamais quitté. Mes rêves ont d’autres supports et je reste fasciné par ceux et celles qui en vivent ne serait-ce qu’une partie. Le seul avantage du temps adulte est qu’on arrive parfois à en réaliser quelques-uns.
Comme le Ravi de la crèche j’ai eu la chance de pouvoir contempler des êtres merveilleux, parfois de loin et parfois de très près. La plupart, trop humbles et discrets, n’ont probablement jamais pensé qu’ils pourraient s’installer ainsi dans la tête d’un autre. J’ai collectionné tant d’images que si j’étais abandonné sur une île déserte jusqu’à la fin de mes jours, je pourrais remplir ma vie de leur présence.
La semaine dernière un de ces hommes est mort. Je l’ai peu connu. en fait, mais je suivais un peu de loin sa vie par famille interposée. C’est un américain, un « marine », que j’avais rencontré il y a plus de 25 ans. Il suivait aux États-Unis le même cours qu’un de mes beaux-frères. Une femme délicieuse, de Saint-Domingue  je crois. Tous les deux très engagés dans la vie de leur ville, de leur paroisse. Chaleureux et sympathiques ils restèrent amis avec mes beaux frères et sœurs. Il quitta l’armée, alla construire de ses mains une cabane en rondins quelque part au creux de la forêt. Quand ils revenaient dans le monde c’était toujours pour faire le bien, aider quelqu’un, participer à une œuvre.  De temps en temps j’entendais parler de lui. La dernière fois il y a quelques semaines parce qu’il avait traversé les États Unis pour passer avec elle quelques unes des dernières heures d’une de nos cousines qui se mourrait trop loin de nous. Un geste gratuit, offert, délicat qui m’avait une fois de plus impressionné.
Il y a quelques jours ma belle-sœur nous envoyait un message un peu triste qui annonçait sa mort, complètement inattendue. Cette mort m’a peiné comme s’il s’agissait de quelqu’un que je connaisse très bien. Je n’ai pas trop d’inquiétude pour l’au-delà de tels hommes mais je pensais à la douleur des siens et au manque que laisse sûrement un homme de cette dimension.
Réaction peut-être démesurée mais cet homme était justement de ceux qui s’étaient installés dans mon imaginaire.
Mes héros d’aujourd’hui sont le plusieurs souvent des malades. En vieillissant j’en connais de plus en plus et je suis fasciné par ce mélange de courage et de patience qui habite la plupart d’entre eux. Je me sens tout petit à côté de leur grandeur.
Ils sont souvent présents dans nos prières si imparfaites, une place d’honneur qu’ils méritent largement.
Alors en commençant une semaine qui sera fatigante et lumineuse à la fois je veux penser à eux et les tenir à mes côtés.
Bonne journée, ami lecteur. Je crois qu’en Provence nous sommes un peu les privilégiés de notre beau pays pour le temps de la semaine. Alors par la pensée je t’en offre un bouquet.