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Ma chère Mamie,

Je m'aperçois que la dernière lettre que je t’ai écrit remonte à plusieurs dizaines d’années. Il est vrai qu’entre temps tu es morte et que c’est une bonne raison de ne pas te donner de nouvelles par écrit. Souvent j’ai un petit clin d’œil vers le Ciel en pensant à toi, mais ce matin j’ai décidé de te raconter un petit bout de ma vie.
Tu le sais (Là-haut je pense que vous êtes au courant de tout mais que vous regardez les choses avec plus de philosophie que nous...), le monde est paralysé . Il vit dans la terreur d’un petit virus malfaisant qui détruit les vies sur son passage, qui se propage à grande vitesse et qu’on ne sait pas détecter suffisamment à temps pour isoler seulement ceux qui en sont atteint. Alors on a décidé de « confiner » tout le monde. Et tout à coup le monde s’est arrêté. Nos villes et nos villages sont devenus les scènes vides d’un théâtre silencieux.
Cette vie nous manque à tous. Ce besoin de voir, de bouger, de sentir tous ces gens, toutes ces choses auxquelles nous ne faisions même plus attention.
C’est un peu comme si nous aussi nous étions morts à ce monde et c’est justement cette proximité d’état avec toi qui me donne envie de t’écrire.
Ce matin, je vais te raconter le marché.
Il se tient dans mon village chaque mercredi et chaque samedi. Le mercredi il est vraiment très modeste mais le samedi il est plus animé. Il est beaucoup moins vivant que ceux que j’ai fréquenté avec toi dans mon enfance mais je l’aime beaucoup quand même.
Je sors de la maison, au fond de notre petite impasse. J’arrive dans la rue Gustave Roux. Je vais jusqu’à la place de la Liberté 5. C’est là pour moi que le marché commence.
C’est le printemps donc les marchés commencent à être animés.
En entrant, il y a d’abord les « occasionnels ». Ce sont les marchands qui ne sont pas abonnés. Il y a là quelques rempailleurs, quelques vendeurs de matelas, parfois un rempailleur et les nouveaux commerçants : les saisonniers ou les débutants.
Ce qui fait la séparation ce sont aujourd’hui un nouveau rôtisseur et un marchand de fromage venu de la Drôme vendre ses propres productions. nous sommes maintenant sur la place du marché proprement dite.
Il y a aussi une agricultrice et sa très vieille maman qui vend ses produits bio. Beaucoup de variétés de pommes quand c’est la saison, mais là ce sont des fleurs en pots et des plants et beaucoup de maraîchage.
Ensuite il y a Carmen, une ancienne crémière reconvertie en vendeuse de vêtement (elle s’était arrêtée mais le marché lui a trop manqué 😉).
Je passe quelques autres étals pour arriver au coin des poissonniers : un groupe qui se retrouve volontiers. Il y a un traiteur, un marchand de coquillages, un poissonnier et un vendeur de vin qui fait déguster et les quelques tables qui sont devant chez lui leur permettent de temps en temps de casser le temps du marché par un café...ou plus si affinités. On y retrouve parfois là placiers et les policiers qui surveillent. Car dans un village, si tout le monde ne se connaît pas toujours, on trouve au marché beaucoup de ceux qui se connaissent encore.... Je m'arrête souvent chez les marchants de coquillage y prendre des moules ou des huîtres. Un repas de samedi léger. Un moment pour discuter avec lui. C'est un producteur qui vient de l'etang de Thau. Il sait de nombreuses choses sur son métier. On y apprend toujours quelque chose. Récemment j'ai essayé de goûter aux violets, des coquillages qui ne ressemblent à rien mais qui sont comme un concentré de mer. C'est délicieux. J'échange quelques mots avec là placiére. Dès que deux sont arrêtés pour discuter c'est vite l'occasion à un troisieme de rejoindre, et puis un autre encore. Vite un petit attroupement joyeux.
voila Albert qui s'avance avec son déambulateur. Il m'a fallu du temps pour echanger avec lui. Il est un peu "ours" mais un jour le courant est passé et nous avons toujours quelques mots à nous dire. Justement il discute en Provençal avec un autre Jacques, le notaire, mon voisin que je ne connaissais guère jusqu'à ces élections où nous nous sommes retrouvés sur la même liste.
Arriver jusque là m'a déjà pris pas mal de temps. Mon panier est encore à peu près vide...mais mon temps s'est bien rempli...
...
Désolé ma chère Mamie, il faut que je te quitte, je te raconterai demain la suite.
....et toi ami lecteur qui lit par dessus mon épaule, je te laisse car il faut que je bouge de ce canapé. Il faut aussi faire autre chose que d’écrire.
Bon samedi et à demain...