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Ma chère Mamie,

Pardonne-moi mais j’ai laissé ma lettre de côté quelques jours : il manquait un peu de soleil dans le ciel pour que la vision d’un marché ensoleillé prenne sa place dans ma tête. Ce soir je viens d’écouter une jolie chanson sur la tendresse et dans l’instant le soleil est revenu. 
Je reprends donc. J’étais à peine arrivé au milieu du marché et j’avais déjà vu tant de choses. Je m’arrête souvent aux étals des marchandes de légumes bio. J’ai besoin de comparer ceux qui poussent dans mon jardin à autre chose qu’aux énormes légumes aux couleurs éclatantes qu’on voit trop souvent. Les miens, comme les autres « bios » d’ailleurs, sont souvent moins beaux mais ils ont un goût incomparable que la terre donne seule sans ajouts de produits. J’aime me dire qu’il en est ainsi pour les femmes et les hommes et je veux  trouver leurs vrais saveurs derrière des apparences parfois trompeuses.
Du côté gauche les rares magasins qui sont encore sur la place : la poste, un coiffeur et la pharmacie. Curieusement l’office du tourisme est souvent fermé le samedi matin. C’est bien dommage. Nous arrivons au beffroi. L’intersection des deux rues marque comme une petite place et en ce moment la rue de la République est en travaux, ce qui facilite les rencontres. C’est là qu’il y (trop rarement) un peu d’animation avec un ou deux musiciens ou des enfants qui collectent des fonds pour leur voyage de classe, ou une autre œuvre de charité. En période d’élections municipales c’est à cet endroit que se retrouvent les candidats. Certains se parlent joyeusement, bien au-delà de l’idée des partis politiques. D’autres se regardent en chiens de faïence...mais heureusement c’est très rare. On rit, on se moque, on parle fort : n’oublie pas, chère Mamie, qu’on est en Provence et que le verbe haut convient à ce pays.
Nous avons traversé la rue. Nous sommes Place du 8 mai et du 11 novembre. Deux belles dates d’armistices. J’aime bien l’idée. Accolé au beffroi, il y a le tabac-marchand de presse. Une institution : c’est là que le matin à l’ouverture se rassemblent les anciens qui refont le monde à leur manière. Les « y’a qu’à » les « faut qu’on », à tel point qu’il y a quelques années l’idée de çe groupe a créé une sorte de groupe folklorique d’anciens qui se déguisent en majorettes. On aime ou on n’aime pas....mais comme toute chose dans un village, ça existe et il ne faut pas le renier.
Là, un marchand de miel est toujours présent ainsi qu’un vendeur de fruits et légumes. En face encore quelques « occasionnels ». Vendeurs de produits miracles ou venus d’un peu plus loin.
Ensuite quelques camions-traiteurs vendent leurs plats cuisinés. Puis le marche continue encore. En cette saison il peut aller assez loin et même remplir la petite placette.
Arrivé au bout, nous refaisons ensemble le chemin à l’envers. Pour finaliser des choix ou avoir l’occasion de saluer d’autres connaissances. C’est le moment où je récupère les paquets un peu lourds laissés en dépôt. 
Voilà ce qu’est le marché, lorsqu’on n’est pas « confinés ». Un vrai moment de bonheur et de rencontres. Un week-end qui commence.
Tu comprends, Chère Mamie, comme ça peut manquer en ces moments.
Voilà, très chère Mamie, je reprendrais parfois la plume pour continuer de te raconter. Ça m’a fait trop plaisir de passer ce moment à côté de toi.
Je t’embrasse (enfant,  je rajoutais que je t’espérais en « bonne santé », ce n’est plus vraiment d’actualité.😉)
À bientôt donc,
Ton Jacques 
Ps pour toi ami lecteur : en écrivant cette lettre j’ai à côté de moi une dame qui me semblait très vieille et que j’ai connue bien plus jeune que moi. Je sens son odeur, son parfum sans âge, mêlé d’une odeur de poudre. Je vois son sourire qui fait des petites rides dans le coin des yeux, que, paraît-il, elle nous laissa en héritage. Elle a des cheveux très blancs. Et si mes yeux en le disant se remplissent de larmes....c’est de tendresse seulement.
Bon confinement, ami lecteur. Prends soin de toi. Prenons tous notre mal en patience, en silence, en obéissance.
À demain...