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Il faudrait chaque jour de cette période difficile remercier une catégorie de ceux qui œuvrent en ce moment pour le bien des autres. Chaque soir je regarde le bilan douloureux de ce mal invaincu. Je pense à cet homme qui l’exprime et qui, toute sa journée. a œuvré à essayer de mettre en œuvre des moyens pour affaiblir son adversaire impitoyable. Il vient répondre d’actes douloureux dont il n’est qu’en très faible partie responsable et expliquer à son pays avec patience comment essayer de lutter contre ce fléau. Je ne connais pas cet homme mais je trouve une vraie grandeur dans son exposé. Pas de justifications, pas de vanité, juste le clair récit de ce qu’il sait d’une situation que personne n’avait su prévoir et anticiper. 
Je sais qu’il y a dans notre beau pays de nombreuses personnes qui auraient fait mieux à sa place, qui auraient sur mieux gérer, qui auraient trouvé le bon médicament, mis en place le bon système de santé tout en respectant ces équilibres économiques dont on voit mieux chaque jour la nocivité.
Je vois sur l’écran, à côté de cet homme,  des femmes et des hommes qui se relaient pour traduire son discours en langage des signes. Vêtus de noir, ils se remplacent souvent tant l’exercice doit être difficile. Et on peut voir ces étranges comédiens qui avec leur mains et leurs corps font passer ces messages à une population dont je sais aujourd’hui qu’elle est nombreuse.
Mon père fut sourd longtemps, jusqu’à ce que les progrès de la science lui redonnent l’ouïe. Il disait toujours avec une certaine tristesse : « Il y a un étrange paradoxe : on plaint beaucoup les aveugles et on se rie le plus souvent des sourds et de leur incompréhension. ». Il citait  pour exemple le professeur Tournesol de Tintin. Je pense à ces « mal-entendants », dans une période où presque toute la communication avec ceux qu’on aime et qui sont loin se fait par téléphone. Je me dis que dans leur isolement ce sont ces femmes et ces hommes en noir, avec leur étrange gestuelle qui font le lien avec cette autre souffrance. 
Même s’ils déclinent de tristes litanies de morts, de malades, de places en réanimation, ils apportent aussi l’espoir du nombre des guéris et participent à intégrer avec nous ces hommes et ces femmes.
Parmi mes petites-nièces, une petite fille est née avec ce handicap et tout son entourage s’essaye au maniement de ce langage nouveau. Cette jolie petite fille au prénom de matin nouveau est très présente dans notre pensée et en voyant ces étranges acteurs traducteurs je pense à elle aussi en ce moment.
Alors ce matin alors que le soleil justement est en train de se lever et de colorer joliment mon jardin, je veux remercier cet homme dont le rôle est de rassembler les énergies et d’expliquer, et ces hommes et femmes qui le traduisent pour ceux qui ne le comprendraient pas. Dans le pays d’accueil de mes petits-enfants, la Nouvelle-Zélande, la langue des signes est une des trois langues officielles et je me dis que c’est bien.
Pardonne-moi, ami lecteur, si ce matin mon propos est moins léger qu’à l’ordinaire. Mais j’avais envie de parler de cela.
Le temps du confinement est bien long et il fait aussi naître de fort belles choses. Je te parlerai demain d’un autre journal télévisé, venu celui-ci du bout de la terre...et bien plus joyeux.
Passe un bon week-end. Prends soin de toi et de ceux qui t’entourent. Je pense à toi.