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Il y a quelque chose de délicieux dans l’attente ...lorsqu’on approche de sa fin. Une sorte d’exaltation qui vient du plus profond de notre être. L’idée qu’on va revoir, ou simplement... pouvoir revoir, ceux qu’on aime est très douce à porter. 
Ces visages que nous avons parfois aperçu sur des écrans, parfois entendus au téléphone, ou encore plus souvent portés dans nos pensées ou nos prières, redeviennent de l’ordre du possible.
Pour certains c’est hélas encore partie remise mais que le mouvement renaisse fait revivre l’espoir.
Pourtant ce fut un dimanche sombre et austère. Une pluie de septembre est venue remplacer un soleil provençal de mai, comme si le ciel aussi était à son tour malade.
Après deux mois de télétravail, ELLE, reprend demain le chemin de son cabinet. Dans des conditions peu confortables, derrière des guichets et des masques, devant vivre les autres comme une menace et être elle-même un danger potentiel pour eux. 
Comme c’était bon ces journées passées ensemble, cette proximité totale que nous n’avions jamais connu si longtemps à deux. Le temps aussi de parler, de s’apercevoir ensemble combien ceux qu’on aime nous manquaient. Le temps de parler d’un «après» encore plus authentique, plus près de notre terre et de nos cieux, plus détachés d’un monde artificiel.
L’été est encore plein d’ombres. Nous craignons de ne pas pouvoir revoir nos expatriés du bout du monde. La maison aussi a bénéficié de ce temps imprévu, volé au rythme ordinaire. Nous avons pris le temps de la bichonner encore davantage. Nous avons imaginé de nouvelles façons d’y vivre lorsqu’elle se remplira à nouveau.
Notre maison aussi est une attente, l’attente de ceux qui viendront nous y rejoindre. Elle a bien rempli sa mission de cocon généreux.
Pendant un mois, notre jardin potager nous a été interdit puis nous avons pu y aller quelques heures par semaine lui apporter les soins qu’il attendait de nous. J’ai maintenant de nouveaux voisins de parcelle...une petite famille avec deux enfants qui découvre le jardinage. Le bonheur de partager un voisinage.
Il nous faudra encore du temps pour revenir à l’équilibre mais nous sentons l’air du large.
D’aucuns disent que plus rien ne sera comme avant, qu’on tiendra mieux compte de notre environnement et de la planète qui nous accueille et que l’heure ne sera plus à cette sur-consommation maladive et délétère. Je crains que ce ne soit encore un rêve mais tout ce que nous pourrons faire dans ce sens sera déjà un mieux.
Et ce soir, en regardant la pluie tomber, malgré la séparation de demain, nous savons que nous entrons dans une autre tranche de notre vie...et c’est tant mieux.
Bien sûr, il y a eu des « profiteurs », de ceux qui se servent même du pire pour se mettre en avant ou rechercher leur avantage quand les autres se préoccupent seulement de l’intérêt commun. Ils l’ignorent mais ils portent dans leur mesquinerie les germes de leur malédictions.
Mais il y a eu surtout beaucoup d’élan, de volonté de préserver le bien commun et la santé commune, de compatir, d’applaudir, d’aider, d’aimer, de partager face à un ennemi commun invisible. Au contraire des guerres (et Dieu merci !) cet ennemi n’était ni un homme, ni un peuple, mais juste un virus invisible et ce mal ne nous a pas monté les uns contre les autres. Et bien que je sache que, dès demain, les petites rivalités reprendront, et qu’on cherchera des coupables ou dès boucs-émissaires, il ne faudra jamais oublier ce moment de fusion.
Et toi, ami lecteur, j’espère que tu n’as pas vu le mal frapper l’un des tiens. Si c’est le cas sache que je le porte inconnu et invisible dans les pensées et mes prières. Ainsi que toi, pour qui j’espère le meilleur pour aujourd’hui et pour demain.
Bon courage.
Je t’embrasse.